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Publié le 11 mars 2010 à 22:21 - Mis à jour le 11 mars 2010 à 22:21

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La victoire annoncée de la gauche au deuxième tour des élections régionales préfigure-t-elle un changement de majorité présidentielle en 2012 ? « Rien n'est moins sûr », dit Pascal Perrineau, du Cevipof, qui rappelle que le raz de marée de la gauche aux régionales de 2004 n'avait en rien empêché une large victoire du candidat de la droite à la présidentielle de 2007.Bien sûr, cette consultation n'est pas dépourvue d'enjeux nationaux. En particulier si, au premier tour, Europe Écologie s'installe comme la troisième force politique et que le Front de gauche fait mieux que le Modem, dit le politologue Olivier Duhamel. Ce serait alors le point de départ d'une dynamique d'alliances des états-majors des partis de gauche décisive pour leur reconquête du pouvoir en 2012 (voir l'Événement pages 2 à 5). Il est vrai que le scrutin régional a, presque toujours, joué le rôle de tribune de prédilection de l'opposition. Et que Nicolas Sarkozy, qui avait déjà affirmé qu'il « saurait écouter le message des Français », a jugé nécessaire de mobiliser les électeurs à mi-mandat sur ce qu'il prépare pour la suite, par une grande interview dans « Le Figaro magazine » à la veille des régionales (voir page 6). Aussi, la gauche avait-elle tactiquement toutes les raisons d'en faire une bataille nationale, plutôt que de mettre en avant son bilan - coûteux mais pas mauvais compte tenu des transferts de compétences - à la tête des 24 régions. En cela, elle fut, d'ailleurs, singulièrement aidée par une presse nationale qui n'a souvent pas su, ou pas pris la peine, de rendre compte de la complexité des dossiers strictement régionaux, et préféré braquer ses projecteurs sur les anecdotes et dérapages susceptibles d'avoir une incidence nationale. À sa décharge, l'offre politique est devenue si pléthorique pour un scrutin de liste proportionnel au premier tour - 10 listes en moyenne par région, contre 9 en 2004, et même 12 en Île-de-France -, qu'elle en est devenue difficile à traiter médiatiquement dans un espace d'autant plus réduit que le sujet est réputé peu intéresser les Français. Avec de surcroît 19 ministres en lice, c'était donc plus simple pour tout le monde d'en faire un enjeu national.De là à extrapoler les résultats de 2012 à partir de ceux de 2010, voilà qui paraît hasardeux. « Cette construction politico-médiatique est une chimère », dit Romain Pasquier, politologue à Sciences po Rennes. Les deux consultations appartiennent à des registres bien distincts du point de vue de la représentation démocratique, de l'importance de ces élections pour l'action publique, et partant de la mobilisation des Français, qui ne s'y trompent pas. D'abord, autant le chef de l'État incarne le pouvoir, et porte une ligne politique visible renforcée par la majorité parlementaire, autant la région apparaît comme une institution faible (28 milliards de budget pour 26 régions, soit dix fois moins que pour les grandes régions européennes), sans pouvoir réglementaire, peu incarnée - deux tiers des Français ignorent le nom du président de leur région - et aux compétences comme au modus operandi basés sur la négociation permanente, mal compris des Français. Autant le scrutin présidentiel est simple, autant le scrutin régional est illisible. Pour l'action publique ensuite : si la région a vu ses compétences élargies, investie via des contrats qui accroissent son levier d'action, et a un pouvoir de définition de la stratégie territoriale plus important que ne le suggère son budget, dans chaque région, l'État reste un acteur beaucoup plus puissant qu'elle. Que ce soit la gauche ou la droite à la tête de la région ne changera pas grand-chose à sa politique. À part peut-être pour l'Île-de-France, où la mise en oeuvre du Grand Paris pourrait s'en trouver changée, le résultat de cette élection sera invisible pour le citoyen. Dans ces conditions, les Français, qui ont montré leur attachement à la démocratie lors de la présidentielle de 2007 avec 85 % de participation, se mobiliseront peu : à peine plus d'un sur deux, disent les sondages qui surestiment toujours la mobilisation. Or, c'est elle qui fait le résultat de l'élection.La question posée dimanche au citoyen étant très différente de celle qui lui sera posée en 2012, les régionales ne peuvent être considérées comme un sondage grandeur nature pour la présidentielle. Alors, que dira ce vote qui n'est pas, à proprement parler, « utile » ? « Pas grand-chose, dit le politologue grenoblois Pierre Bréchon. Car en France, l'espace public régional n'existe pas. » « Un vote sans impact n'est qu'un vote pour se faire plaisir, une expression politique qui ne présage rien », conclut l'expert des territoires, Laurent Davezies. Point de vue Valérie segond Éditorialiste à « La Tribune »

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