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Jeff Koons s'offre la vie de château

La Tribune

Publié le 26 septembre 2008 à 18:09 - Mis à jour le 26 septembre 2008 à 18:09

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Un aspirateur dans la salle à manger. Un bouquet de fleurs un peu décati près du lit. Un coeur " gros comme ça " suspendu dans l'escalier. Jeff Koons, célèbre artiste post-pop dont les oeuvres battent des records en salle des ventes, prend ses aises au château de Versailles. Si ses fans se pâment, ses détracteurs s'étranglent. Les uns voient dans la manifestation une opération marketing racoleuse. Les autres une manière de gonfler la cote déjà explosive de Koons afin de servir les intérêts de François Pinault, principal mécène mais surtout prêteur de l'exposition. Peut-être. Reste que cette première rétrospective française fonctionne à merveille. Car la quinzaine de pièces, dispersées dans les grands appartements et les jardins du château, révèle une oeuvre et un artiste plus subtils qu'ils n'y paraissent. Et fait souffler dans ces lieux prestigieux un vent salutaire d'humour et d'irrévérence." Pour réussir une telle manifestation, il était important de choisir un artiste qui ait le sens de l'Histoire et de l'histoire de l'art, confie l'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, à la tête de l'établissement depuis juin 2007. Et Jeff Koons ne s'imagine pas que l'histoire de la création commence avec lui. " Il témoigne au contraire d'une extraordinaire connaissance des lieux, ce qui lui permet d'instaurer un beau dialogue entre ses sculptures et les pièces du château. Sur le parterre de l'Orangerie, par exemple. Le Split Rocker - sculpture végétale ­composée de 100.000 fleurs - répond avec force aux jardins de Le Nôtre. Ushering in banality, réplique disproportionnée en bois polychrome d'un objet souvenir figurant cochon et angelots, ravive soudain un bas-relief de Sarazin disposé sur le manteau de cheminée du salon de Diane. Et l'on ne peut s'empêcher de rire devant l'aspirateur abandonné aux pieds des portraits de Marie-Antoinette, renvoyant ainsi la reine à son statut de femme d'intérieur.EQUILIBRE ENTRE PASSE ET PRESENTCette exposition en dit autant sur Jeff Koons que sur Versailles. Elle permet d'afficher au grand jour la politique menée depuis quelques années pour redynamiser un monument plus prisé des touristes (65 % des visiteurs) que du public local.Certes, le château a bénéficié des retombées du Marie-Antoinette (2006) de Sofia Coppola, inégalable ambassadrice du domaine dont le film imposait les lieux comme un temple de la hype. Mais Versailles avait entamé sa mue dès 2004, lorsque Christine Albanel, à la tête de l'établissement, s'était attachée à mettre en oeuvre une gigantesque campagne de travaux.Jean-Jacques Aillagon va plus loin puisque les visiteurs sont désormais accueillis dans une très belle structure en bois, verre et acier - conçu par l'agence Explorations Architecture (Yves Pagès et Benoît Le Thierry d'Ennequin) qui se marie à merveille avec la configuration des lieux. Côté programmation, les spectacles vivants ont été les premiers à donner le ton du changement. En 2007, DJ et vidéastes étaient ­conviés à animer le spectacle des Grandes Eaux. Et, cette année, le très contemporain groupe F a donné son spectacle pyrotechnique.Pour ce qui est des arts plastiques, on parle de Xavier Veilhan pour prendre la suite de Koons. Des expositions patrimoniales sont programmées. Et la politique d'enrichissement des collections n'a jamais été aussi soutenue, grâce à une politique de mécénat ultra-dynamique.Au fond, la vraie réussite de Versailles est peut-être là. Dans cette capacité à trouver un équilibre entre passé et présent, ce que ne parviennent pas encore à faire la plupart des monuments nationaux. Reste maintenant le plus difficile. Convaincre les Français de se réapproprier les lieux non plus comme le temple intimidant de l'Histoire de France, mais comme un espace vivant qui leur appartienne.Carnet d'adresse" Jeff Koons à Versailles",exposition présentée dans les Grands Appartements, la galerie des Glaces, la Cour royale et le parterre de l'Orangerie. Accès par la cour d'honneur du château tous les jours de 9 h 30 à 18 h 30 jusqu'au 14 décembre. Nocturnes les samedis sur réservation. Tél. : 01.30.83.18.89 www.jeffkoonsversailles.com

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