Impôts  : qui trop embrasse mal étreint

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Nicolas Sarkozy aurait tort de ne pas prendre au sérieux la fronde des élus de tous bords contre ses réformes fiscales, qui souffrent d'un évident déficit de pédagogie auprès de l'opinion. Un automne budgétaire interminable va donc commencer cette semaine pour le gouvernement, qui va devoir batailler ferme, à l'Assemblée nationale, puis au Sénat, pour faire adopter la suppression de la taxe professionnelle (TP) et la création de la taxe carbone. Dans les deux cas, il s'agit, il faut le reconnaître, de réformes cohérentes avec l'esprit de rupture qui anime le quinquennat. Faire disparaître la TP, l'impôt qualifié d'« imbécile » par François Mitterrand, on en parlait depuis des années, Nicolas Sarkozy pourra dire qu'il l'a fait. La fiscalité écologique était inscrite dans les gènes du très consensuel Grenelle de l'environnement, encore fallait-il oser franchir le pas. Le problème vient de ce que, dès que l'on bouge une barrière dans le très complexe système fiscal français, on court le risque de faire des mécontents. Prenons la taxe professionnelle : la réforme va nettement avantager l'industrie, au détriment des services et notamment des métiers du conseil qui ne croient pas du tout aux affirmations de Bercy, selon lesquelles il n'y aura pratiquement pas de perdants. De même, les collectivités locales craignent que l'État ne compense pas à l'euro près, comme il s'y est engagé, et cela dès 2011, les pertes de recettes fiscales subies. Et que, du coup, se reporte sur elles une pression budgétaire insupportable qui les contraindra à alourdir la fiscalité sur les ménages, dindons de ce cadeau fait aux entreprises. Face à ce qu'ils considèrent comme un coup de force de l'État contre la décentralisation, les élus locaux, droite et gauche confondues, vont donc exiger des garanties, au point de menacer de ne pas voter la réforme de la taxe professionnelle. La taxe carbone risque de subir le même sort, si le gouvernement n'apporte pas de clarification sur l'avenir de ce nouvel impôt, qui va faire flamber de façon très visible les prix de l'essence à la pompe à partir du 1er janvier. Et ce d'autant plus que les régions vont désormais pouvoir augmenter elles aussi les taxes sur les carburants. Pour peu que les prix du pétrole remontent à la faveur d'une reprise plus forte que prévu, le risque politique est majeur pour les élections régionales de mars. Et c'est bien cela qui, avant tout, anime la colère des élus de droite. pmabille@latribune.frphilippe mabille

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