Très exposées dans tous les pays de la Baltique, les banques suédoises se préparent au pire

Si la crise dans les pays Baltes, très affectés par la récession, touche en premier lieu les populations (le taux de chômage en Lettonie est au niveau record de plus de 13 %, du jamais-vu depuis l'indépendance, en 1991), elle risque également de faire des victimes collatérales : les banques suédoises. Deux d'entre elles, Swedbank et SEB, sont particulièrement menacées. Avec Nordea, autre banque de Stockholm, elles sont, et de loin, les institutions bancaires les plus puissantes des pays Baltes. Une position dominante qu'elles doivent à leur présence historique dans la région, dès le début des années 1990. Par la suite, ce sont elles également qui ont nourri le boom économique de ces trois petits pays, grâce à une politique de crédits à la consommation très généreuse. De quoi doper la croissance de l'activité. Au point que les performances économiques de ces trois anciens confettis de l'empire soviétique leur ont permis de devenir ce qu'on a appelé les « tigres de la Baltique »? Mais aujourd'hui, les tigres se sont tus et la situation actuelle pourrait très bien se retourner contre les banques suédoises, à l'heure où leur encours cumulé de crédit dans la région s'élève à 432 milliards de couronnes, soit 42 milliards d'euros. Et c'est en Lettonie que la facture risque d'être la plus lourde, surtout pour Swedbank. Dans ce pays de 2,3 millions d'habitants, qui ambitionne de rejoindre la zone euro à l'horizon 2011, la monnaie locale, le lats, est indexée sur la monnaie européenne. Or, la crise aidant, les rumeurs de dévaluation, récurrentes depuis quelques mois, se sont faites de nouveau plus pressantes ces derniers jours. Une telle évolution s'avérerait catastrophique pour la population, puisqu'en Lettonie 80 % des prêts sont libellés en euros, que les ménages, payés en lats, ne pourraient plus rembourser.Du coup, pour les banques suédoises, une dévaluation du lats serait synonyme d'énormes pertes sur leurs crédits, qui, selon différents experts, pourraient atteindre 85 milliards de couronnes. Pour contrecarrer cette menace, elles ont d'ailleurs provisionné plus de 15 milliards de couronnes. Et surtout, elles attendent avec anxiété que Riga mette en ?uvre les mesures d'austérité budgétaire que lui ont imposées l'Europe et le FMI, en échange d'un prêt de 7,5 milliards d'euros. Mais le gouvernement letton a encore du mal à livrer de bons résultats dans ce domaine. De quoi provoquer une passe d'armes entre le chef du gouvernement letton, Valdis Dombrovskis, et le ministre des Finances suédois, Anders Borg. Il y a quelques jours, le second a vertement mis en garde le premier, estimant que « la patience de la communauté internationale avait des limites »? Scénario catastropheLa situation est d'autant plus pressante pour le ministre des Finances suédois (dont le pays est l'un des plus importants créanciers de la Lettonie) que le report des réformes promises par Riga risque d'hypothéquer la poursuite de l'aide internationale. Un scénario qui pourrait à lui seul précipiter la dévaluation du lats, redoutée des deux côtés de la Baltique et, in fine, provoquer des pertes encore plus massives pour les banques suédoises. Comme le soulignait la semaine dernière Thomas Backteman, directeur de la communication de Swed- bank, en maniant l'art de la litote, « si la Lettonie dévalue, alors 2010 aussi sera une année à défis pour Swedbank ». Sébastien Buffet, à Stockholm

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