« Les valeurs nippones sont en train de perdre leur mauvaise réputation »

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Laurent Halmos, analyste spécialiste du Japon chez PIMVous semblez confiant à moyen terme pour la Bourse nippone. Pourquoi ?Depuis un an, Tokyo surperforme ( en dollars) les autres marchés, lui qui était à la traîne depuis des années. Cela devrait continuer. Il faut se rappeler que la bulle japonaise, qui s'est dégonflée en 1990, a été la plus grosse de l'histoire de l'humanité. Voilà vingt ans que le Japon essaie de digérer le choc, mais il n'y parvenait pas complètement en raison de son contexte de taux d'intérêt nuls, qui maintient en surcapacité l'industrie, et crée de la déflation. Pour les entreprises, c'est merveilleux. Le prêt est gratuit. Je vais vous donner un exemple très concret : je suis marié à une Japonaise et mes beaux-frères, sympathiques mais jeunes et sans expérience, voulaient se lancer dans la restauration il y a quelques années. Je voulais les aider et leur demandais un dividende symbolique si les restaurants marchaient. Ils m'ont ri au nez et se sont sentis presque insultés, en m'expliquant que leur banque leur avait offert des taux zéro. Ils ont ouvert deux restaurants, qui ne marchent pas bien... et viennent d'obtenir un prêt aux mêmes conditions pour ouvrir un troisième restaurant ! Tout le Japon est comme mes deux beaux-frères.Pourtant, les sociétés japonaises cotées en Bourse ont fait de très grands efforts de rationalisation des coûts. Si on analyse leurs bénéfices agrégés, on se rend compte qu'ils ont quasiment triplé depuis 1992. Le marché est en train de prendre conscience de ces efforts. Alors qu'est-ce qui a changé ?Les sociétés japonaises ont finalement atteint un niveau de sous-valorisation. 70 % des sociétés cotées sur le Topix s'échangent à un cours inférieur à leur fonds propres. Comparez Essilor et Hoya dans l'optique, deux sociétés très similaires. Hoya fut jusqu'en 2006 deux fois plus cher qu'Essilor, et ce, sans aucune raison. Aujourd'hui Essilor, avec un PER de 22 sur les anticipations de résultats 2010, est bien plus cher que Hoya avec un multiple de 13, ce toujours sans aucune raison, sinon le pessimisme extrême des investisseurs envers la Bourse nippone. Cette situation ne peut pas durer. Aujourd'hui, le Japon est bien mieux positionné que l'Europe en Asie. Mais la dette publique demeure un problème, non ?La dette publique est un problème, mais un problème de long terme. N'oubliez pas l'épargne privée japonaise, qui demeure énorme en stock, et qui, en flux (30.000 milliards de yens), éponge l'essentiel du déficit annuel du budget. Ensuite, n'oubliez pas l'épargne des entreprises, qui représente plus de la moitié de la capitalisation boursière de l'indice Topix. La moitié des sociétés cotées n'ont pas de dette et recommencent leurs emplettes dans le monde. Elles s'autofinancent, contrairement aux concurrentes occidentales. Dans une telle situation, et alors que l'Europe et les États-Unis entrent dans leur propre « décennie perdue », comme on disait du Japon, la Bourse de Tokyo paraît plus attirante...Propos recueillis par R. A. à TokyoLes sociétés japonaises cotées en Bourse ont fait de grands efforts de rationalisation des coûts. Leurs bénéfices agrégés ont quasiment triplé depuis 1992. »

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