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Un audit pour la Fed ?

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Publié le 12 septembre 2012 à 21:02 - Mis à jour le 12 septembre 2012 à 21:02

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Le programme que le parti républicain a adopté lors de sa convention nationale comporte plusieurs points remarquables. Ainsi pour un spécialiste des questions monétaires, la proposition de restaurer une sorte d\'étalon-or est tellement bizarre qu\'elle constitue une cible de critiques presque irrésistible.Par contre la proposition d\'un audit annuel de la Réserve fédérale américaine est plus sérieuse. Comme l\'idée de l\'étalon-or, elle est destinée notamment à attirer les libertariens qui soutiennent Ron Paul, le député texan candidat permanent à la présidence, très populaire auprès du courant \"Tea Party\" au sein du parti républicain qui serait disposé à aller plus loin et à abolir la Fed. Or le Congrès a déjà voté plusieurs textes prévoyant un audit annuel et au début de l\'année la Chambre des représentants (mais pas le Sénat) a adopté un projet de loi sur ce thème.L\'idée de l\'audit permet d\'attirer les libertariens qui intrinsèquement se méfient de l\'Etat. Mais la Fed suscite la méfiance pour des raisons plus précises, et ce, bien au-delà des rangs du Tea Party. Selon ses critiques, la Fed a utilisé le pouvoir étendu dont elle dispose pour intervenir comme elle ne l\'a jamais fait auparavant en faveur de grandes institutions financières. Ils en déduisent que les autorités monétaires sont entre les mains de banquiers tout puissants.Il est certain que du point de vue de la démocratie, les responsables des banques centrales doivent être responsables devant l\'opinion publique. Si cela passe par un audit confié à des parlementaires, cela pourrait être l\'occasion pour ces derniers de l\'utiliser à leur profit et d\'infléchir la politique dans une direction qui les arrange. Pour faire pression sur les dirigeants politiques, il leur suffirait de laisser fuir des informations confidentielles. Confier la politique monétaire à des bureaucrates indépendants n\'est pas satisfaisant, mais confier son contrôle à des parlementaires qui ont l\'œil rivé sur la prochaine élection serait pire.D\'après le programme des républicains, l\'audit devra être \"mis en œuvre très soigneusement\" pour éviter que la Fed ne soit soumise à des pressions politiques. En réalité elle le serait !Un audit révélerait également beaucoup de détails quant aux interventions de la Fed sur les marchés financiers, comme en 2008 quand elle a acheté des titres hypothécaires à Bear Stearns et à AIG. Mais dévoiler trop d\'informations en temps réel sur les titres que la Fed achète et les institutions qu\'elle soutient pourrait déstabiliser les marchés.Ce risque n\'a rien d\'hypothétique. On en a eu un exemple lors de la dernière intervention massive de l\'Etat sur les marchés financiers américains - je veux parler de la Grande dépression. En 1932 la Fed ne voulait pas participer à la stabilisation d\'un système bancaire en voie d\'écroulement. Mais quelqu\'un devait agir. Aussi le président Hoover a-t-il crée la RFC (Reconstruction Finance Corporation), une agence gouvernementale indépendante, pour soutenir les banques saines en manque de liquidités.Durant l\'été 1932, la RFC a accordé son prêt le plus important à une banque dirigée par l\'ancien vice-président Charles Dawes. Or non seulement Dawes était comme Hoover un républicain connu, mais c\'était aussi un ancien responsable de la RFC. Bien qu\'il ait refusé d\'utiliser ses relations politiques quand sa banque s\'est trouvée au bord de la faillite, on a accusé la RFC de favoritisme. Comme on pouvait s\'y attendre, les parlementaires populistes ont été indignés et ils ont réagi en demandant un audit, accompagné de la publication de la liste des banques qui ont bénéficié d\'une aide de la RFC.La publication de cette liste en janvier 1933 a conduit à une crise de confiance à l\'égard des banques qui ont obtenu des prêts publics, d\'où presque aussitôt une panique bancaire qui a fait des ravages à travers le pays. Cela a conduit à la fermeture de toutes les banques américaines (Bank Holiday) durant quelques jours.Un audit ne doit donc pas se limiter à déjouer les pressions politiques, car il ne doit pas déstabiliser les institutions et les marchés financiers. Il faut un délai convenable entre le rassemblement de l\'information et sa publication. Pouvons-nous attendre des élus qu\'ils comprennent et tiennent compte de cela, notamment lors d\'une année d\'élection ? Ce n\'est pas par hasard que le Congrès a demandé la liste des banques ayant reçu des prêts de la RFC en 1932 : c\'était une année d\'élection présidentielle.Les responsables de la Fed savent que leur institution ne peut rester indépendante que si elle est responsable devant le tribunal de l\'opinion publique. C\'est pourquoi elle a pris des mesures en faveur de la transparence : elle publie les minutes des réunions de son Comité d\'Open market (FOMC) et leur contenu après un délai approprié, tandis que les membres du Comité explicitent leur point de vue. Par ailleurs, la Fed publie depuis peu les prévisions en matière d\'inflation et de taux d\'intérêt des membres du Comité et des présidents des banques de la Réserve.Il est presque sûr que la Fed ira encore plus loin sur la voie de la transparence. D\'autres banques centrales font de même. C\'est le minimum pour concilier indépendance et responsabilité dans une société démocratique. Mais un audit contrôlé par des élus n\'est pas la bonne méthode.Barry Eichengreen est professeur d\'économie et de sciences politiques à l\'université de Californie à Berkeley. Son dernier livre s\'intitule Exorbitant Privilege: The Rise and Fall of the Dollar and the Future of the International Monetary System..Copyright: Project Syndicate, 2012.

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