Les armées à la diète

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Dans les allées du plus grand salon mondial de l'armement terrestre Eurosatory, qui ouvre lundi à Villepinte dans la banlieue parisienne, les industriels de la défense ainsi que les militaires - en dépit de leur devoir de réserve - ne manqueront pas d'exprimer toutes leurs inquiétudes sur la rigueur qui va s'abattre sur les budgets militaires européens. La menace est bien réelle pour les armées.Dans une interview accordée à « La Tribune » (lire page 11), le ministre de la Défense Hervé Morin confirme que l'armée va devoir faire des efforts. Entre la Loi de programmation militaire et la lettre de cadrage du Premier ministre, « il y a une différence de près de 5 milliards d'euros cumulés sur trois ans. Cela signifie que le volume des crédits affectés à la Défense serait sensiblement différent des 377 milliards d'euros initialement prévus », explique-t-il. Ainsi, les différents scénarios pour mettre l'armée à la diète, qui seront prêts dans quelques jours, vont être présentés au chef de l'État, Nicolas Sarkozy, qui arbitrera.Pour les industriels, ce sera aussi le temps des vaches maigres. D'autant que les contrats à l'export pour compenser les baisses de budget européens s'avèrent de plus en plus compliqués à signer comme en témoignent les difficultés rencontrées en dehors des frontières par les groupes d'armement MBDA, Nexter et Thales. D'ailleurs, à Eurosatory, malgré la venue de nombreuses délégations étrangères et de ministres de la Défense, il n'y aura pas de « contrats d'envergure » annoncés, prévient Hervé Morin.TensionsDu coup, les industriels se battent comme des chiens pour de petits contrats prometteurs. C'est le cas du programme Scorpion où les grands du secteur se sont affrontés pour un appel d'offre d'un peu moins de 10 millions d'euros sur trois ans portant sur l'assistance à maîtrise d'ouvrage de l'ensemble du programme évalué à plus de 10 milliards d'euros. Remporté par le consortium formé par Thales, Safran et Nexter face à une équipe composée d'EADS et de l'américain SAIC (« La Tribune » du 26 mai), Scorpion vise à assurer la mise en cohérence et l'interopérabilité des différents équipements de l'armée de terre. Pour le ministère, l'investissement pour ce programme sur 2010-2014 est estimé à 571 millions d'euros, dont notamment le développement et la réalisation du système d'information et de commandement (Sic), un volet qui intéressait beaucoup EADS en Allemagne. Les groupes perdants, qui estiment que Nexter, Thales et Safran sont « conflictés » sur la suite du programme, sont prêts à aller défendre leurs intérêts devant les tribunaux. La pénurie exacerbe d'ores et déjà les tensions.

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