Le consensus de Pékin

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Réunis en sommet à Brasilia, les pays émergents s'organisent, forts d'un succès économique que la crise du monde occidental a mis en lumière. Leur croissance est plus élevée que la nôtre, leur population plus importante. Ils contrôlent les matières premières et ont mis sur pied une industrie puissante. Nous étions naguère leurs créanciers, ce sont eux qui nous prêtent désormais. Et ils s'apprêtent à racheter nos entreprises. Mais tout cela n'est rien, à côté de la révolution idéologique qui se prépare. Quand on réussit, on distribue des leçons, parce qu'on explique toujours son propre succès par la juste rémunération d'un mérite personnel - c'est une loi inaltérable de la psychologie, soulignée par l'économiste John Kenneth Galbraith qui y voyait la cause des bulles spéculatives. Et les autres sont enclins à écouter ces conseils, justement parce que le succès impressionne. Le consensus de Washington, qui a fait autorité en matière de politique économique pendant trente ans, est donc en passe d'être remplacé par le « Consensus de Pékin » - c'est le titre d'un ouvrage paru aux États-Unis il y a quelques jours, expliquant la progression de l'idéologie chinoise dans le monde. Exit la privatisation, la libéralisation, la démocratie, valeurs que les États-Unis ont promues, non sans morgue, pendant des décennies. Bienvenue à l'autoritarisme, à l'étatisme, au protectionnisme, qui ont fait la fortune de la Chine, dont la trajectoire éblouissante signe le divorce entre la croissance et la liberté. Il n'y a pas que les écrans plats et les jouets qui sont « made in China », la doctrine l'est tout autant?: si les idées économiques ont une influence proportionnelle au taux de croissance qu'elles délivrent, alors nous n'avons pas fini d'entendre parler du modèle chinois. flenglet@latribune.frfrançois lenglet

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