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Alberto Pinto : le maestro

La Tribune

Publié le 15 avril 2010 à 21:21 - Mis à jour le 15 avril 2010 à 21:21

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04 juin 2026

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Tiré à quatre épingles, merveilleusement courtois, Alberto Pinto reçoit au premier étage de l'hôtel particulier qui abrite ses bureaux, rue d'Aboukir. Dans un angle de la grande pièce, des canapés houssés de blanc, profonds, juste ce qu'il faut. Il y a des tables, et sur ces tables de la vaisselle, des objets, des lampes. Rien n'est anodin. Autour de nous, ça n'arrête pas. Ça entre, ça sort, ça déballe. Le téléphone sonne. On sent l'immeuble traversé en permanence par une sorte de vibration hyper- active. Au centre de tout, consulté pour tout, Alberto Pinto, qui vient de présenter sa première collection de mobilier baptisée Rio, est serein. Il assume son statut de Grand Décorateur. Selon lui, un mur blanc, un canapé blanc, une grande oeuvre contemporaine, cela fait de magnifiques photos mais pas de la décoration... on ne vit pas dans une photo. Bien sûr, il y a une évolution indiscutable et positive. Grâce à la grande distribution, à Habitat le premier puis à Ikea et consorts, créer chez soi un environnement agréable est aujourd'hui à la portée du plus grand nombre. Très bien, mais cela n'a rien à voir avec la grande décoration. D'abord, c'est un métier. Plus encore, une entreprise qui emploie toutes les catégories du genre, de l'architecte au plombier en passant par les meilleurs savoir-faire. La clientèle d'Alberto Pinto fait partie d'un cercle très fermé. « Des gens un peu exceptionnels », comme il les désigne délicatement. Ils ne veulent rien de lambda, mais à chaque fois - puisque après la maison, si on sait s'attacher une clientèle, viennent le bateau, la villa, etc. - un projet exceptionnel qui sorte des tripes d'Alberto, qui porte sa signature tout en correspondant à leur mode de vie. Avec les détails d'architecture intérieure, les finitions impeccables, les recherches de matériaux, les prises de risques nécessaires. Le projet londonien présenté ici en est la démonstration éclatante. Le propriétaire, un homme d'affaires flamboyant, encore il y a peu à la tête d'une des plus grandes écuries de formule 1 (mais l'homme désire rester incognito), a acheté trois lofts superposés dans un immeuble historique de Chelsea auxquels il fallait donner vie. Alberto Pinto explique que cerner le personnage n'est pas ce qu'il y a de plus difficile à faire, question de milieu, de hobbies. Aiment-ils la vie de famille, ont-ils envie d'en mettre plein les yeux, sont-ils collectionneurs ? « Pour eux, c'est une aventure. Mais attention : une erreur, même avec une robe haute couture très chère, on peut toujours corriger en la mettant au placard. Avec un appartement, ce n'est pas si simple, c'est un investissement personnel et financier sur deux ans. C'est une angoisse. Comme nous sommes dans une époque de marques, le nom du décorateur les rassure, et dans leur sillage, leurs amis aussi. J'offre le meilleur du meilleur, mes clients le savent et dorment tranquilles. » Pas de grande décoration donc sans vrai professionnalisme. Ici, notre « tycoon » est un homme - et un séducteur - de notre temps perpétuellement en voyage d'où un décor contemporain et masculin. Lorsqu'il se pose à Londres, il veut du confort d'où l'attention particulière portée aux espaces privés, de la chambre très spacieuse avec son lit dressé de draps merveilleux, l'écran super géant jusqu'aux toilettes métamorphosées en jardin. Il aime recevoir chez lui tous ses amis du show-biz et de la mode. Alberto Pinto a donc créé une cuisine-salle à manger, où le chef sert à l'assiette, pour introduire une note décontractée. Il a livré un lieu volontairement surdimensionné adapté à une personnalité plus grande que nature. « L'argent n'est pas tout, il faut avoir des idées. Parfois les plus simples sont les meilleures, comme un paravent en papier kraft. Avec un tableau dessus, c'est bien. Lorsqu'on y ajoute une bordure en cuir tressé ou qu'on le fait peindre par un artiste, cela devient de la grande décoration. » Alors, élitiste ? Oui, cent fois oui. Parce que cet élitisme permet à des gens de passer leur vie à la recherche de nouveaux matériaux, de nouvelles façons de les manier. Parce qu'il fait travailler les bronziers, les brodeurs, tous ces métiers en voie de disparition. Aujourd'hui, la grande décoration est à l'art de vivre ce que la haute couture est à la mode, une espèce menacée. Préservons ce qui sort de l'ordinaire, c'est le sel de la vie.Alexandra d'Arnoux

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