La natalité, parent pauvre de la campagne électorale allemande.

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llemagneC'est un des principaux défis de l'Allemagne pour les décennies à venir. Mais la politique familiale est le thème le plus délaissé de la campagne électorale. Pourtant, en dix ans, les naissances ont reculé de 15 % outre-Rhin. En 2008, il manquait 162.000 nouveau-nés pour compenser les décès de l'année, du jamais-vu depuis 1976. Depuis 2003, l'immigration ne compense plus ce déficit naturel et, cas unique en Europe occidentale, la population allemande a entamé un recul qui menace de s'accélérer.discriminationsPour expliquer ce phénomène, il faut se plonger dans les difficultés quotidiennes d'une mère allemande qui veut travailler. Trouver ou conserver un emploi s'avère souvent une gageure, même avec un seul enfant. « Bien que la loi prescrive l'égalité, il existe souvent, dans les entreprises, une discrimination envers les mères d'enfants mineurs », résume Herwig Birg, démographe à l'université de Bielefeld. La société regarde d'ailleurs encore souvent avec défiance ces « mères corbeaux », comme on les appelle, qui préfèrent gagner leur vie plutôt que de s'occuper de leur progéniture. Sans compter que les crèches et les structures d'accueil sont rares, surtout à l'Ouest. Du coup, les mères sont souvent contraintes de choisir entre un enfant et un travail. Et avoir deux enfants signifie souvent la fin d'une carrière professionnelle. Un luxe que beaucoup ne peuvent s'offrir.L'essentiel n'est peut-être cependant pas là. illusion allemande La ministre de la Famille de la grande coalition, Ursula von der Leyen, a tenté de bousculer ? non sans s'opposer à de vives résistances ? cette situation et des efforts importants ont été faits en termes de structures et de prestations. Et si le taux de fécondité est remonté en deux ans de 1,33 à 1,38 enfant par femme, le nombre de naissances était en 2008 inférieur à celui de 2005. « Les équipements d'accueil sont des éléments importants, mais ils ne sont pas suffisants », remarque Herwig Birg. Le démographe évoque des causes plus profondes à la dénatalité allemande. « Depuis les réformes sociales de Bismarck dans les années 1890, la sécurité collective de l'État a remplacé les enfants comme soutien pour l'avenir, d'où cette illusion allemande que l'on n'a plus besoin d'enfants », explique-t-il avant d'avancer une autre hypothèse : « Les deux guerres mondiales ont apporté des catastrophes dans chaque famille allemande, ce qui a miné durablement la confiance dans un avenir normal. »Y a-t-il alors une fatalité ? Herwig Birg répond par la négative et réclame une politique vigoureuse, prévoyant notamment « à qualification égale, d'assurer une priorité aux parents lors des candidatures dans les entreprises ». Mais, selon lui, la volonté politique manque car, « depuis trente ans, les politiques se sont habitués à remplacer les naissances par l'immigration ». D'où ce qu'il appelle une « coalition du silence » des partis politiques sur un sujet qui les désarme par sa complexité. n

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