Monnaies  :  à quand la création du « yan »  ?

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oint de vue Joseph Leddet Économiste et consultant financierDepuis quelques mois, l'on assiste à une vigoureuse contestation du rôle du dollar comme devise dominante mondiale, tant pour le commerce international que pour les réserves de change des banques centrales ; ainsi, des pays comme la Russie ou le Brésil en appellent ouvertement à une solution de remplacement, ou tout au moins de complément ; et la Chine envisage même de traiter en yuans une partie de ses contrats internationaux?À ce stade, il convient de « revenir aux fondamentaux » : le dollar représente aujourd'hui à peu près les deux tiers des réserves mondiales de change, et aussi la majorité des opérations de commerce international ; et les marchés de matières premières (pétrole et gaz, métaux, matières premières agricoles, etc.) sont presque tous libellés en dollars. Cette situation est en fait le fruit de l'histoire : depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est le billet vert, indexé sur l'or jusqu'en 1971 et seule devise librement convertible jusqu'en 1959, qui est « la » devise de référence de la planète, l'après-guerre ayant consacré de fait les États-Unis comme « gendarmes du monde » et leaders du « monde libre », c'est-à-dire des économies occidentales.Toutefois, les choses évoluent petit à petit ; c'est ainsi que la création de l'euro début 1999 a permis l'émergence d'un second véritable « poids lourd » monétaire qui égale, voire surpasse le dollar tant en termes de masse monétaire que d'émissions obligataires, ce qui constitue un succès remarquable et à vrai dire inattendu pour la monnaie unique.Il faut savoir aussi que le yen ? dont l'usage se limite en pratique au seul archipel nippon, mais qui est très largement traité sur le marché international des changes ? représente une masse monétaire du même ordre de grandeur que celle du dollar ou de l'euro, et ce du fait de la fantastique accumulation d'épargne par l'économie nippone depuis une soixantaine d'années.Fait nouveau également, l'irrésistible ascension de la Chine, dont le PIB risque dès l'an prochain de surpasser celui du Japon, dont les réserves de change excèdent les 2.200 milliards de dollars, mais dont la monnaie nationale ? à savoir le yuan ? est non convertible et strictement indexée sur le dollar.Autre fait nouveau, l'esquisse d'une coopération économique officielle Chine/Japon (ennemis intimes historiques), et ce à la faveur du changement du parti au pouvoir à Tokyo, pour la première fois depuis la guerre.Pourquoi alors ne pas imaginer, d'ici quelques années, la fusion des monnaies de ces deux pays, le yen apportant sa masse monétaire et son statut de grande devise internationale, et le yuan y ajoutant sa considérable puissance économique nationale ?Cette nouvelle monnaie commune, librement convertible sur le marché des changes, et que l'on pourrait baptiser « yan », deviendrait alors d'emblée la première devise mondiale en termes de masse monétaire ; elle pourrait ensuite s'étendre progressivement à la plupart des pays de la zone « Asie », Inde comprise. Il conviendrait bien sûr, pour en arriver là, qu'une banque centrale commune soit mise en place, avec son siège dans une zone neutre, comme par exemple Hong Kong.Pourquoi une telle idée ? Tout simplement parce que le marché des changes est une arène féroce et qu'une « jeune devise » actuellement protégée par le contrôle des changes et qui voudrait s'y lancer d'un seul coup, donc devenir librement convertible, a toutes les chances de se « faire tuer » au bout de quelque temps, tant sont énormes les montants quotidiens traités (de l'ordre de 3.000 milliards de dollars en moyenne) ; c'est d'ailleurs ce qui est arrivé au début des années 2000 au peso argentin, provoquant la ruine de la moitié de la population ; plus récemment, l'an dernier, la Russie a perdu le tiers de ses réserves de change à vouloir au c?ur de la crise défendre le rouble que, par péché d'orgueil, ses dirigeants avaient décidé de rendre convertible.Il nous semble ainsi exclu de voir un jour le yuan traité tel quel librement sur le marché. D'ailleurs, les autorités chinoises, dans leur grande sagesse, semblent en avoir été parfaitement conscientes, elles qui ont permis à leur pays, grâce au contrôle des changes, de traverser sans encombre la crise asiatique de 1997, à la différence de tous les États voisins à « monnaie libre ». Par contre, une fusion yen-yuan (la nouvelle devise yan remplaçant du jour au lendemain les deux anciennes, comme dans le cas de l'euro) a aujourd'hui toute chance de réussir grâce à l'historique et à l'antériorité du yen sur le marché des changes, dont il est un acteur majeur : la nouvelle devise sera d'emblée respectée par les cambistes.À terme, l'on pourrait ainsi imaginer un partage monétaire du globe en trois grandes zones : yan pour l'Asie, euro pour l'Europe (Russie comprise) et une bonne partie de l'Afrique ; quant au dollar, dont le champ d'expansion naturel est le continent américain, il souffrira toujours, pour être adopté par d'autres pays, de son caractère « mononational » à très forte connotation politique : dans un tel schéma, le billet vert pourrait ainsi passer progressivement du rang de numéro  1 à numéro 3 sur l'échiquier des mégadevises ! ncontactsjl@free.f

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