L'Australie en pointillés de Michel Sourges

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L'art et la matière. Même lorsqu'il parle des Aborigènes, l'histoire de France et d'ailleurs n'est jamais très loin. Comme si, malgré les apparences, les deux passions de Michel Sourges avaient tout en commun. À moins que ce ne soit ce Narbonnais de 65 ans qui utilise sa mémoire et son savoir pour dresser un improbable pont entre ces deux mondes.Michel Sourges a découvert les arts premiers d'Australie au début des années 1960. En visite à Genève, il tombe par hasard sur un exemplaire du « Peintures et sculptures des Aborigènes d'Australie », d'André Breton. Il est alors bien loin de se douter du rôle que jouera ce livre dans sa vie. Il a alors 20 ans et est encore étudiant en histoire. D'abord à Nice, puis à Aix où il passe son agrégation sous la direction de Georges Duby. Jamais très loin de cette Méditerranée qui sert de berceau à sa famille depuis plus de trois siècles. « C'est avec l'arrivée d'Henri en 1726 que le nom apparaît sous sa forme actuelle », précise le professeur, la pipe coincée entre les dents. C'est encore à Antibes, pendant son année de maîtrise, qu'il rencontre Irène, jeune Australienne de passage qui devient vite son épouse. Ensemble, ils débarquent au Laos où Michel travaille en tant que coopérant. Pendant trois ans, il enseigne le français et l'histoire à des étudiants qui, en pleine guerre du Vietnam, désertent les bancs de l'école pour prendre les armes. « Chaque semaine, un de mes élèves tombait au front », se souvient aujourd'hui Michel Sourges. De ce pays martyrisé, il ramènera un fils et quantité de souvenirs, « parfois doux mais le plus souvent amers », qui vingt-cinq ans plus tard l'empêchent toujours de revenir du côté de Vientiane. Le retour en France sera bref. Hanté par ses fantômes du Laos qui chaque nuit l'empêchent de dormir, il ne supporte pas longtemps les petites mesquineries du système universitaire. Après trois ans en Avignon, « l'agrégé désagrég頻, selon sa propre formule, préfère démissionner pour aller voir ailleurs. Direction cette fois l'Australie où la famille arrive en 1980. Dans ce pays neuf, l'historien en profite pour s'inventer un nouveau futur et devient conservateur d'art. D'abord dans la région de Melbourne, avant de monter sur Brisbane où, pendant dix ans, il travaille pour la galerie d'art moderne du Queensland. C'est là qu'il rencontre pour la première fois ce monde aborigène qu'il avait approché dans ses lectures de jeunesse. Trente ans plus tard, il baigne toujours dans ce langage pictural qui, bien qu'hérité d'une tradition millénaire, revêt sur la toile des accents parfois si contemporains. Il a entre-temps ouvert sa propre galerie en 1994 et dans son sous-sol trônent les peintures grand format dont les motifs géométriques en pointillés rappellent à l'historien « les vues cavalières des cartographes du Moyen Âge ». Dans l'univers particulier de Michel Sourges, les deux mondes n'en forment décidément plus qu'un. nMichel Sourges, galeriste, à Brisbane en Australie.

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