Les fonds propres du Crédit Agricole seront suffisants en cas de « Grexit »

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"Les fonds propres et la capacité à mettre en réserve des résultats seraient suffisants pour absorber les possibles pertes consécutives à un départ de la Grèce de la zone euro", estime l’agence de notation Standard and Poor's. Elle rappelle que l'exposition de Crédit Agricole SA à sa filiale Emporiki par le biais des financements accordés se limite désormais à moins de 5 milliards d'euros (4,6 milliards d’euros). S&P maintient la note du Crédit AgricoleQuant à l'exposition à la dette d'Etat grecque elle "n'est plus significative pour nous", précise l'agence qui maintient  la note de la banque actuellement « A» et sa perspective « stable ». Ce qui  traduit notamment le fait qu'un retrait de la Grèce de la zone euro ne devrait pas amener à S&P à modifier l'appréhension qu'ont ses analystes de la position concurrentielle de Crédit Agricole, jugée "solide".La décision de S&P est très différente de celle de l'agence  Moody's début juin qui a baissé la note des filiales grecques des banques françaises Société Générale (Geniki) et Crédit Agricole (Emporiki) de deux crans, tout proche du défaut, en raison des risques d'une sortie du pays de la zone euro.  Le Crédit Agricole a rapatrié les actions des filiales en Roumanie, Bulgarie et AlbanieEn parallèle, le Crédit Agricole continue de désensibiliser le groupe à sa filiale Emporiki. Après avoir mis fin aux financements interbancaires d'Emporiki avec d'autres filiales il y a quelques mois, la banque verte a cette fois rapatrié à la maison mère en France les actions détenues par Emporiki dans les filiales en Roumanie, Bulgarie et Albanie. Cette mesure contribue "à réduire les besoins de financement d'Emporiki" estime un spécialiste. Cela transfère aussi le contrôle des filiales des Balkans directement au siège...au cas où. L'opération semble apporter de l'eau au moulin de ceux qui prédisent le retrait du Crédit Agricole d'Emporiki.Quelles pertes à prévoir pour le Crédit Agricole ? Pour Jean-Pierre Lambert, analyst financier chez Keefe, Bruyette & Woods, "l'approche optimale est de sortir d'Emporiki avant  que la probabilité de Grexit [sortie de la Grèce de la zone euro] ne devienne trop forte (...) Un résultat défavorable aux élections grecques, pourrait être le premier signal clair pour préparer une sortie des opérations grecques". Mais il ajoute aussi que "d'un autre côté, quitter Emporiki trop tôt présentent aussi des risques" qui ne sont pas tous financiers, notamment d'atteinte à la réputation de la banque dans d'autres pays comme l'Italie. Selon les calculs de Jean-Pierre Lambert, la perte maximale du Crédit Agricole s'élèverait à 7,1 milliards en cas de maintien dans Emporiki alors que la Grèce sortirait de la zone euro( compte de l'effet de la dévaluation, des surcoûts de refinancement, des provisions à passer...). En revanche, si  le Crédit Agricole restait dans Emporiki et la Grèce restait dans la zone euro, les pertes seraient de 2,8 milliards. Mais avec des incertitudes sur les pertes opérationnelles dans l'avenir (défauts de paiements, etc) même si le groupe est dans une meilleure position aujourd'hui : il a allégé les coûts de refinancement de sa filiale Emporiki et obtenu récemment d'avoir accès aux liquidités d'urgence de la banque centrale grecque en cas de besoin en particulier en cas de fuite des dépôts.La décision de sortie d'Emporiki si la Grèce sort de l'euro permettrait de  "plafonner" les pertes de manière plus définitive à 3,8 milliards, selon l'analyste de Keefe, Bruyette & Woods  et pourrait ouvrir droit à des déductions fiscales pour le groupe. Le retrait d'Emporiki n'affecterait pas gravement le ratio de solvabilité Les conséquences d'un retrait d'Emporiki à la suite d'un Grexit, conduirait Crédit Agricole SA (la structure cotée du groupe) à un ratio core tier one de 7,8% à l'horizon 2013 selon l'étude KBW en tenant compte de l'effet du "compromis danois" sur la prise en compte des fonds propres des filiales d'assurance selon les normes Bâle III en cours de transposition en droit européen. Or ce "compromis danois" a des conséquences très positives pour le Crédit Agricole compte tenu du poids de ses activités d'assurance.Pour Jean-Pierre Lambert, "un scenario probable à notre avis, est une avance de capital par le groupe Crédit Agricole [caisses régionales], correspondant au besoin en capital de CASA après le Grexit". L'analyste estime possible que le régulateur se satisfasse d'un ratio de 8% pour CASA en raison de la capacité des caisses régionales à générer du résultat et de la solvabilité globale du groupe. "Même après un évènement grec, le groupe Crédit Agricole serait proche de son objectif de 10% [de ratio de fonds propres durs, NDLR] selon notre estimation", conclut-il.Le titre Crédit Agricole fait le yo-yoCette vision optimiste a été manifestement partagée par nombre d'investisseurs : le titre Crédit Agricole a regagné 6,28% à 3, 284 euros vendredi 15 juin. Mais il avait connu une semaine très agitée perdant -3,71% le lundi, -2,80% le mardi, avant de regagner +3,49% le mercredi et +1,21%. Il reste difficile pour les  investisseurs d'avoir une vision sur le long terme compte tenu de la situation incertaine de la Grèce.

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