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Antonis Samaras ou le triomphe de l'ambition et de la patience

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Publié le 30 juin 2012 à 03:13 - Mis à jour le 30 juin 2012 à 03:13

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L’histoire a parfois une ironie mordante. Si, voici quinze ans, on avait proclamé à un bon observateur de la politique grecque qu’un jour Antonis Samaras deviendrait premier ministre d’une coalition entre le Pasok et la Nouvelle démocratie et qu’il serait, en cela, le sauveur célébré par la communauté internationale, on aurait sans doute récolté un grand éclat de rire.Enfant prodigue de la Nouvelle DémocratieNon que l’homme n’ait été tôt prometteur. Ce fils d’un chirurgien cardiaque, ancien élève de Harvard, a été l’étoile montante de la politique hellénique depuis son élection à la députation en 1977. En 1989, lorsque la Nouvelle Démocratie met fin à huit ans de domination du Pasok, Antonis Samaras devient, à 38 ans, ministre des Finances, puis, en 1990, ministre des Affaires étrangères. C’est alors qu’apparaît ouvertement un de ses principaux traits de caractère : l’ambition. Cette fulgurante ascension ne lui suffit pas. Et il sent bien alors que la gestion de la ND par les familles Mitsotakis et Karamanlis l’empêche de devenir premier ministre. Il décide donc de forcer le sort. Une occasion s’offre à lui : la querelle autour du nom de la Macédoine, la petite république yougoslave devenue indépendante au nord de la Grèce.Devenir premier ministre à la place du premier ministreIl fait alors un pari : durcir le ton face à Skopje, flatter le nationalisme, devenir le champion de la cause hellénique et, finalement, devenir incontournable au sein de la ND. En 1992, il réclame la fermeture de la frontière avec la Macédoine et tient une ligne très dure sur la contestaztion du nom de ce pays qu’il proclame « patrimoine hellénique ». Le premier ministre Konstantinos Mitsotakis décide de se débarrasser de ce ministre gênant. Samaras se drape alors dans la vertu du martyr et continue à hurler au loup sur la Macédoine. En 1993, il fonde un nouveau parti, le « Printemps politique », destiné à balayer la vieille ND. Le jeune politicien est alors au zénith de sa popularité : devant Mitsotakis, mais aussi devant le charismatique chef du Pasok, le vieux Andreas Papandréou. Beaucoup de Grecs voient dans cet homme élégant, mince et grand, la relève d’une classe politique que l’on sait corrompue et usée. Beaucoup l\'imaginent alors premier ministre. Konstantinos Mitsotakis décide alors de convoquer des élections anticipées et de rétablir la fameuse règle du « bonus » des 50 sièges pour le parti arrivé en tête. Le parti de Samaras ne résiste pas à la bipolarisation du système grec : il ne recueille que 4,7 % des voix.Une courte traversée du désertLa bulle Samaras s’effondre alors. Les Européens se méfient de lui, le considèrent comme un intriguant ambitieux et nationaliste. La Nouvelle Démocratie reprend le dessus, le « Printemps Politique » sombre en 1996 sous les 3 % et disparaît du parlement. Sa carrière semble alors terminée. Mais le feu de l’ambition le consume encore. En 2000, Antonis Samaras décide d’un virage stratégique : il appelle à voter pour la Nouvelle Démocratie et ne présente pas de candidats. Une attitude qui lui permet de revenir en 2004 dans le giron de son parti historique où, pas à pas, il fait oublier son passé de félon. L’ambitieux Samaras a appris la patience. Mais pas la résignation. Rusé comme un renard et fin connaisseur des arcanes politiques de son pays, il acquiert progressivement de nouveaux appuis au sein de la ND.Un retour gagnant en 2009En janvier 2009, dix-sept ans après sa démission, Kostas Karamanlis l’appelle à nouveau au gouvernement comme ministre de la culture. Poste plus prestigieux qu’influent, mais c’est la preuve qu’il dispose à nouveau d’un poids dans l’appareil du parti. Antonis Samaras s’impose progressivement comme le candidat de la rénovation de la Nouvelle Démocratie mais, se souvenant de 1993, il prend soin des caciques du parti. Lorsque à l’automne 2009, Nouvelle Démocratie connait un revers historique, Antonis Samaras entre immédiatement dans la course à la direction du parti. On ne donne alors pas cher de ses chances face à Dora Bakoyannis, la fille de Konstantinos Mitsotakis. Mais Samaras réussit à obtenir le ralliement d’un troisième larron, Dimitris Avramopoulos. Et il l’emporte !Une attitude ambiguë durant la criseA la tête de la Nouvelle Démocratie en plein milieu de la crise de la dette, Antonis Samaras règle encore son parcours en fonction de son intérêt. Persuadé que cette période lui permettra de gagner aisément des élections anticipées, il s’échine à épuiser Georges Papandréou et refuse de former un gouvernement d’union nationale. Il faudra que l’Europe insiste beaucoup pour qu’il s’y résolve dans le cadre du gouvernement Papademos en novembre 2011. Il en ira de même lorsque Bruxelles et le FMI exigera que les partis s’engagent à respecter le mémorandum après le scrutin. Samaras est alors très critiqué en Europe de l’Ouest pour ne pas avoir joué le jeu de la cohésion face aux difficultés et pour avoir laissé, pour des raison de stratégie personnelle, se déliter la confiance dans l’Etat grec.Un nopuveau \"champion\" de l’EuropeEt pourtant, au lendemain des élections du 6 mai, où son parti s’effondre, recueillant le fruit de sa collusion à la déliquescence de l’Etat et de sa participation au gouvernement Papademos, Antonis Samaras devient le champion de l’Europe et de l’euro. Le seul recours pour maintenir la Grèce dans la zone euro. Lui, l’ancien nationaliste forcené, produit du système politique traditionnel, est désormais l’espoir des marchés et des chancelleries occidentales. Toujours aussi rusé, Antonis Samaras endosse aussi aisément cette stature que la posture nationaliste qu’il avait jadis adoptée. Profitant de la peur savamment entretenue par les médias du monde entier, il est enfin parvenu à ses fins. Sur un ligne totalement opposée à celle qu\'il défendait voici vingt ans.Aprè_s la conquête du pouvoir... son exerciceLe rêve de ce politicien est donc désormais devenu réalité. Mais dans quelles conditions ! Une économie exsangue, un budget toujours ingérable, un mémorandum à faire accepter par une population qui, majoritairement n’en veut pas, la pression de la communauté internationale à prendre en compte et enfin une alliance qui s’annonce périlleuse avec un Pasok qu’il a agoni d’injures pendant des années. Nul ne doute des compétences du futur premier ministre, mais sauver un attelage gouvernemental au milieu des turbulences grecques nécessitera sans doute à Antonis Samaras autant d’efforts qu’il lui en a fallu pour parvenir au pouvoir.

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