Noah, ses impôts, et les sénateurs roublards

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Il arrive, avec ses dreadlocks et son chapeau, qu\'il n\'abandonnera pas. Cool ! Très cool, effectivement, Yannick Noah, devant la commission d\'enquête sénatoriale sur l\'évasion fiscale, ce mardi matin, même quand on lui demande de jurer de dire la vérité. Puisque la loi le veut ainsi... Décontracté, jusqu\'au moment où le sénateur UMP Louis Duvernois (UMP, représentant les Français de l\'étranger), sans doute dopé par la présence des caméras, se décide à monter au filet, interpellant l\'ancien joueur de tennis. En substance : vous êtes de gauche, or vous ne voulez pas payer vos impôts, puisque vous avez un contentieux avec le fisc !Noah est \"déçu\"C\'est un Noah dépité qui répond : « On ne devait pas parler du contentieux. Je suis très déçu. Même si je ne suis pas surpris ». L\'ex tennisman vient de découvrir la roublardise des sénateurs, qui lui avaient sans aucun doute promis de ne pas aborder son cas personnel pendant cette audition. Une audition à laquelle la loi le contraignait, de toutes façons, de se rendre, s\'agissant d\'une commission d\'enquête parlementaire. « Il n\'a jamais été question d\'évoquer des cas personnels et nous ne l\'avons pas fait » lui répond alors le président de la commission d\'enquête, le sénateur Philippe Dominati (UMP). Bien sûr...Et Noah de s\'expliquer : « j\'ai décidé de partir en Suisse au moment de ma retraite, en 1991. C\'était alors par crainte du lendemain. J\'ai été résident suisse de 1991 à 1993. Le fisc me demande une somme pour l\'année 1993, que je conteste. Cette somme, je continuerai à la contester jusqu\'au jour où la justice en décidera autrement ». Sur le principe, « c\'est très important de s\'acquitter de l\'impôt » ajoute le chanteur.\"Certains joueurs refroidis\"Il est vrai que la partie n\'est pas si facile, pour Yannick. Car, si d\'un côté, il défend tout à la fois son exil fiscal passé, et l\'optimisation à laquelle se livrent les grands joueurs de tennis ; de l\'autre, engagé à gauche, il se déclare partisan de la nouvelle tranche d\'impôt à 75%, que François Hollande veut instaurer, pour les revenus au-delà d\'un million d\'euros par an. «Cela me semble juste que quelqu\'un qui gagne autant d\'argent le partage », plaide-t-il. Même si certains joueurs seront « refroidis », selon l\'expression de Noah, au moment de payer ces impôts. Et d\'insister sur le fait qu\'ils  gagnent beaucoup plus aujourd\'hui qu\'il y a 20 ans : « aujourd\'hui, les meilleurs, à l\'issue de leur carrière, peuvent faire vivre leur famille pendant deux générations ».Le vainqueur 1983 de Roland Garros se présente en citoyen impeccable (« aujourd\'hui, je gagne mon argent ici grâce au public français, je paye mes impôts en France »), tout en admettant avec beaucoup de franchise, que s\'il avait la chance de chanter aux Etats-Unis devant des salles « 50 fois plus grandes », il ne paierait pas son impôt en France. «Si j\'étais une vedette internationale je réagirais différemment » avoue-t-il. Du reste, il ne conseille pas à son fils Joachim de venir découvrir les joies du fisc français...Les tennismen ne pratiquent pas l\'évasion fiscale, mais l\'optimisation...Sur le fond, Yannick Noah, coaché ou presque par un autre ancien champion, Guy Forget (qui réside en Suisse, mais déclare ne pas bénéficier du forfait fiscal) défend l\'idée que les joueurs de tennis ne pratiquent pas l\'évasion fiscale, mais l\'optimisation. « En tennis, on a une carrière courte», plaide Guy Forget. « Une dizaine d\'année au cours desquelles les joueurs essaient d\'optimiser leurs revenus », sachant que « seuls les 120 meilleurs joueurs du circuit rentrent dans leurs frais ».« Quand ils jouent en France, tous les joueurs, quelle que soit leur nationalité, sont de toutes façons taxés », explique, précis, technique, Guy Forget. Et les tournois français sont nombreux : Roland Garros, Bercy...Incontournables, ajoute Noah, qui estime que « Nadal participerait de toutes façons à Roland Garros, même gratuitement ».« Si les joueurs de tennis partent s\'installer ailleurs, c\'est pour éviter une double imposition ». Et de préciser : « on essaye donc de trouver les endroits les plus avantageux, la Floride, Monaco, la Suisse pour optimiser les gains ». Il s\'agirait, selon Forget, de payer environ 30% plutôt que 50%. S\'agissant des joueurs français, « 6 ou 7 garçons sont à l\'étranger, dans leur esprit, ce n\'est pas de l\'évasion fiscale » souligne-t-il. Ainsi, Monfils, Tsonga, Simon, Gasquet et Benneteau vivent tous en Suisse. Seul Michael Llodra n\'a pas cédé aux sirènes du Léman, résidant à... Rueil Malmaison. 

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