Littérature

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Parler de l'Afrique, sans misérabilisme aucun, sous le prisme d'histoire vécue ou de pure fiction, avec style et passion, voilà ce qui relie Emmanuel Dongala, Véronique Tadjo, Nimrod et Wilfried N'Sondé, auteurs certes francophones, mais pas français et qui revendiquent leur pays et leurs histoires.À travers des histoires personnelles, celle des auteurs comme Nimrod dans « l'Or des rivières », ou de pure fiction comme « le Silence des esprits » de Wilfried N'Sondé et son clandestin africain au passé trouble, une Afrique tourmentée se dessine. En proie à la violence, aux guerres civiles, à l'injustice, à la force de traditions dépassées, les protagonistes tracent leur chemin, tentent de survivre ou s'enfuient pour mieux revenir, à l'instar de Nina, l'héroïne de l'Ivoirienne Véronique Tadjo, dans son roman « Loin de mon père ». Jeune métisse expatriée à l'étranger, elle rentre en Côte d'Ivoire à la mort de son père. Prenant en main l'organisation des obsèques, elle se confronte aux traditions et aux troubles politiques d'un pays qu'elle ne connaît plus, portant le regard à la fois de l'Occidentale et de l'Africaine sur la dérive de sa nation. Originaire du Tchad, exilé en France, Nimrod, retournant au pays à la demande de sa mère pour s'occuper de la tombe de son père, tente, lui, de retrouver les paysages et les couleurs de son passé. Celui qui s'est fait « peintre des mots à défaut d'être celui des couleurs » nous conte à la manière d'un poème ses émerveillements et ses désillusions à propos de son pays que la guerre civile a rendu hostile et qui a tué son père. Ces guerres civiles qui ont tant décimé l'Afrique, plongeant certains pays dans une terreur permanente et qui poussent le fameux Clovis de Wilfried N'Sondé dans « le Silence des esprits » à fuir en France à la recherche d'un monde meilleur, où les trois problèmes principaux ne sont pas « le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner ».Et puis, il y a ceux qui ne sont jamais partis, et qui ne l'envisagent pas, comme les casseuses de pierre du Congolais Emmanuel Dongala, présent au Festival avec sa « Photo de groupe au bord du fleuve ». Emmenées par Méréaré, ces femmes se mobilisent pour faire valoir leurs droits, tout en se demandant « s'il y a pire endroit pour une femme sur cette planète que ce continent qu'on appelle Afrique ». Sous prétexte d'un combat politique, Dongala narre les guerres personnelles de ces femmes qui ont connu le viol, la faim, la tradition patriarcale qui ne leur laisse rien. C'est de toutes ces épreuves, vécues ou simplement entendues, que ces écrivains ont su puiser la force de leur écriture, affirmant une identité culturelle propre à la littérature africaine francophone depuis l'indépendance, tout en s'emparant de la langue française. Véronique Tadjo, par le personnage de Nina, se demande : « Qu'est-ce qui fait un pays ? [...] Les souvenirs je suppose. » Marine Cluet

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