Espace : la France rend les armes face à l'Allemagne

La France rend les armes… dans le domaine spatial. L’Allemagne prend progressivement le leadership en Europe, que détenait jusqu’ici Paris, qui a pourtant développé depuis plus de 50 ans une filière industrielle d’excellence. Un comble au moment où se met en place autour de l’espace toute une gamme de services… qui seront très lucratifs pour toute l\'industrie spatiale, notamment en aval. Et quand on sait que l’Europe de l’espace fonctionne encore en grande partie avec le système du retour géographique – celui qui paie le plus a, schématiquement, le plus de charge de travail chez lui –, l’Allemagne va, de façon inexorable, décrocher la France, victime de la contrainte budgétaire... sauf à avoir une volonté politique industrielle.Berlin veut le leadershipBerlin ne s’en cache pas, l’Allemagne veut le leadership. Dans le livre blanc sur l’espace, qui a été publié fin 2010, l’objectif de Berlin est clair : \"l’Allemagne occupe le deuxième rang européen en matière de spatial ; se satisfaire du deuxième rang ne suffit pas, il faut considérer ce classement comme une source de motivation\". Clair et net. Derrière cette stratégie, on retrouve Peter Hintze, le coordinateur du gouvernement allemand pour l’aérospatial, l\'homme qui a retoqué le projet de fusion EADS-BAE Systems de l’ex-enfant chéri de Berlin, Tom Enders, et qui a l\'oreille de la chancelière allemande. Ce document avait à l’époque inquiété les industriels français… et par ricochet le gouvernement Fillon, qui avait à son tour publié en mars dernier un livre blanc sur l’espace. \"Leurs très grandes ambitions dans l\'espace ne sont pas européennes, elles sont avant tout allemandes\", avait analysé un patron français du secteur.Renforcer la compétitivité de l\'industrie spatiale allemande\"La stratégie spatiale allemande est clairement tournée vers l’économie afin de renforcer la compétitivité de son industrie spatiale et la participation en leader des nouveaux marchés à forte valeur ajoutée\", a d’ailleurs confirmé le conseiller spatial de l’ambassade de France en Allemagne dans une annexe du rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques rendu public la semaine dernière. Et de poursuivre : \"alors que l’Allemagne privilégie les aspects industriels en ‘Standort Deutschland’ (localisation allemande), la France propose une stratégie plus globale, qui intègre l’ensemble de la chaîne des valeurs, depuis l’aide à la décision et à l’action publique, et notamment la question de la politique étrangère, jusqu’au développement d’applications et de services en passant par la recherche et la technologies\".Berlin n\'aborde \"peu ou pas\" les questions de souveraineté, d\'autonomie de décision et d\'indépendance d\'accès à l\'espace, constate le conseiller spatial. Des thèmes chers à la France, qui défend une certaine idée de l\'Europe de l\'espace avec la filière lanceurs, mais très éloignés de l\'Allemagne qui préfère préserver ses intérêts commerciaux. Dans son livre blanc, la huitième et dernière priorité concerne l\'indépendance technologique pour l\'accès à l\'espace... qui \"doit être le moins onéreux possible\". \"L\'Allemagne propose d\'ouvrir à la coopération internationale la répartition des compétences pour l\'accès à l\'espace tout en favorisant la disponibilité en Europe des composants critiques\", explique le conseiller spatial. Une stratégie à contre-courant de celle de la France.L\'Allemagne devant la FranceBref, cet éparpillement a déjà une conséquence. Pour la première fois, l’Allemagne a supplanté en 2008 la France en tant que première nation contributrice à l\'Agence spatiale européenne (ESA) avec une contribution de 2,7 milliards d\'euros (contre 2,33 milliards d\'euros) sur un budget de 10,4 milliards d’euros consacrés à des programmes nouveaux. Paris fait semblant de ne pas voir. Et rappelle que la France apporte 57% de contributions au programme lanceurs (contre 17% à l’Allemagne). Mais pour la première fois, l’Allemagne a contribué beaucoup plus en 2012 que la France au budget annuel de l’ESA (750,5 millions d’euros, contre 718,8 millions). En 2011, la contribution française était encore supérieure à celle de l’Allemagne (751,4 millions contre 713,8 millions d’euros). L’Allemagne spatiale est en marche…

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