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Les 5 enseignements du scrutin de Basse-Saxe pour Angela Merkel

La Tribune

Publié le 21 janvier 2013 à 22:03 - Mis à jour le 21 janvier 2013 à 22:03

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La courte victoire de l’opposition lors des élections régionales de Basse-Saxe a été acquise au bout d’un long suspense. Mais cette défaite de la coalition d’Angela Merkel est porteuse de plusieurs enseignements, à huit mois des élections fédérales de septembre prochain.1/ La défaite des sondagesLes dernières enquêtes d’opinion donnaient une CDU en phase de reconquête, proche de son niveau des élections de 2008 et un parti libéral, le FDP, à la dérive, incertain de franchir la barre des 5% des suffrages exprimés, nécessaires pour entrer au Landtag, le parlement régional. En réalité, la CDU a subi une sévère défaite électorale, même si elle reste le premier parti du Land. Avec 36% des voix, elle perd 6,5 points et revient à son niveau de 1998, année où elle avait subi une lourde défaite contre un certain… Gerhard Schröder. A l’inverse, le FDP est le grand vainqueur de ce scrutin. Il a déjoué tous les pronostics en améliorant son score de près de 2 points et en frôlant les 10%.Ce résultat doit amener les observateurs à relativiser l’envolée actuelle de la CDU dans les sondages au niveau fédéral. L’électeur allemand semble certes choisir son camp (les sondages ne s’étaient pas trompés sur l’équilibre entre la droite et la gauche), mais pas forcément le parti pour lequel il vote. Les mauvais sondages du FDP ne doivent donc pas être pris au pied de la lettre. Du reste, le même phénomène s’était produit lors des élections régionales de Rhénanie du Nord Westphalie de mai 2012 où le FDP avait sauvé sa place au parlement malgré les prédictions des sondages.2/ Le FDP n’est pas mortIl ne faut donc pas enterrer les Libéraux, contrairement à ce que beaucoup pensaient, y compris au sein même du FDP. Déjà les adversaires et concurrents du ministre fédéral de l’Economie et chef du parti, Philipp Rösler, aiguisaient leurs arguments. Ils en ont été pour leurs frais. Philipp Rösler s’est déplacé dans son Land d’origine pour arracher ce succès inespéré qui lui permet de renforcer son influence au sein du gouvernement libéral.Pour Angela Merkel, ce résultat est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle, parce qu’il alimente l’espoir de voir le FDP sauver sa place au Bundestag après septembre 2013. C’est seulement à cette condition que la chancelière peut espérer poursuivre l’expérience d’une coalition de droite qui, en théorie (mais les faits ont montré que ce n’était pas toujours si simple), lui donne plus de marges de manœuvre. Mais cette percée libérale en Basse-Saxe est également source d’inquiétude car elle s’est faite aussi au détriment de la CDU. Une partie de l’électorat de droite semble vouloir montrer son mécontentement sans mettre en danger la coalition en votant FDP. Au final, la bonne santé des Libéraux ne profite guère à la coalition et la Basse-Saxe a été perdue. Enfin, Angela Merkel va devoir compter avec des Libéraux revigorés et plus agressifs. Une situation qui, en 2009-2010, avaient entraîné de nombreux désaccords internes et de nombreux blocages au sein du gouvernement.3/ Une gauche sans élanSi l’alliance des Verts et des Sociaux-démocrates gagne sa onzième élection régionale en deux ans, sa santé n’est guère réjouissante. A eux deux, ces partis font un score inférieur à celui du seul SPD en 1998. Les Sociaux-démocrates ne parviennent pas à doubler la CDU et ne progressent que faiblement (2,3 points à 32,6% des voix), restant en deçà de leur score de 2003, à l’époque catastrophique. Les Verts, eux, réalisent certes une percée historique et sont ceux qui progressent le plus, mais cette hausse est conforme aux prédictions des sondages.Dans une campagne fédérale où le candidat SPD Peer Steinbrück ne parvient pas à séduire, la position de la gauche demeure extrêmement fragile. D’autant que le cas de la Basse-Saxe est particulier: le parti de Gauche a été exclu du parlement régional puisqu’il est repassé sous les 5% des voix à 3,1%. On s’est alors retrouvé dans une situation à quatre partis qui est peu susceptible de se reproduire au niveau fédéral tant le parti Die Linke reste ancré à l’est. Du coup, faute de vrai élan, la coalition SPD-Verts risque de ne pas pouvoir obtenir de majorité absolue au niveau fédéral. Le miracle de Basse-Saxe ne se reproduira pas. Ce qui laisse présager d’une «grande coalition» entre la CDU et le SPD entre 2013 et 2018 outre-Rhin.4/ La perte de la majorité au BundesratLa Basse-Saxe est un des quatre Länder qui disposent de six députés au Bundesrat, la chambre qui représente les Etats fédérés à Berlin. En passant à gauche, ce Land donne la majorité absolue à l’opposition au Bundesrat. Jusqu’à présent, la gauche ne disposait que d’une majorité relative de 30 membres sur 69, ce qui lui permettait de bloquer les projets du gouvernement soumis au Bundesrat, mais pas davantage, car la règle de fonctionnement de cette chambre est la majorité absolue.Désormais, Angela Merkel va devoir compter avec un Bundesrat non seulement hostile, mais doté également d’un pouvoir de nuisance. Plus que jamais, les projets du gouvernement risquent d’échouer sur le bureau du Bundesrat. Mais cette fois, la gauche pourra initier des propositions de loi. Ce sera une pierre déposée dans le jardin de la chancelière, sans doute aussi dans le domaine de la politique européenne. Le Bundesrat pourrait donc être le bras armé du SPD et des Verts durant la campagne électorale. Ceci devrait amener le gouvernement fédéral à demeurer prudent dans sa politique d’ici à septembre.5/ Le dilemme d’Angela MerkelLe scrutin de Basse-Saxe montre qu’une partie importante de l’électorat rejette de plus en plus les deux grands partis: la CDU est en chute libre, le SPD reste faible. Certes, les partis protestataires comme Die Linke ou les Pirates n’en profitent pas, à la différence des Verts et des Libéraux. Mais, on l’a dit, au niveau fédéral, il est certain que Die Linke viendra bloquer le système quadripartite. Le manque d’élan de la gauche et la faiblesse de la droite semblent donc rendre une grande coalition entre la CDU et le SPD inévitable en septembre, sauf à compter sur une envolée de la CDU. Mais on a vu que les sondages sont peu fiables en ce domaine.Ceci représente un casse-tête pour Angela Merkel. Soutenir les Libéraux par des promesses d’une politique européenne plus dure et de baisses des impôts pourrait certes profiter au FDP et tenter d’arracher une poursuite de la coalition FDP-CDU, mais ceci risquerait d’affaiblir sa position dans l’électorat centriste et de gêner la constitution d’une grande coalition si celle-ci devient inévitable. A l’inverse, ménager le SPD permettrait certes de ne pas insulter l’avenir, mais risquerait de gonfler l’électorat libéral au détriment de celui de la CDU et de la CSU, comme cela a été le cas ce dimanche en Basse-Saxe.Cette élection régionale n’est donc pas une bonne nouvelle pour l’Europe. Après cette défaite, Angela Merkel est clairement à nouveau en danger. Elle peut donc au pire durcir son discours européen, au mieux renvoyer tous les dossiers à après les élections afin de ne s’aliéner personne. Cette dernière option est la plus vraisemblable au regard de la stratégie habituelle de la chancelière. Il semble donc probable que les dossiers comme l’union bancaire et l’aide à Chypre attendent le résultat des élections de septembre pour avancer. Déjà, Wolfgang Schäuble a prévenu qu\'il n\'y aurait pas d\'aide rapide à Chypre.

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