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France-Allemagne : la crise de la cinquantaine

La Tribune

Publié le 21 janvier 2013 à 22:04 - Mis à jour le 21 janvier 2013 à 22:04

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04 juin 2026

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Les commémorations du cinquantenaire du traité de l\'Elysée seront, à ne pas en douter, brillantes. On entendra beaucoup d\'assurance sur l\'amitié et la collaboration franco-allemandes et sur les liens indestructibles qui engagent désormais les deux pays. Mais l\'observateur un rien taquin devra bien admettre qu\'il y aura dans ces célébrations une atmosphère qui ne sera pas sans rappeler celles des 70 ans de la révolution d\'Octobre en Union soviétique en 1987. On y parlait alors beaucoup de révolution prolétarienne, mais on s\'apprêtait à remplacer un régime bureaucratique engoncé dans son immobilisme par le capitalisme le plus débridé. Les mots et les faits ne concordaient guère. Ils ne concorderont pas davantage ce mardi 22 janvier 2013.Le règne du cavaliers seulLa réalité des relations franco-allemandes, c\'est qu\'elles n\'ont jamais été aussi dégradées depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce qui domine, c\'est l\'impression que Paris et Berlin mènent leur vie chacun de leur côté. Et trouver des points de concordance et une politique commune tiennent de la gageure. Ainsi, quand les Français interviennent militairement en Libye ou au Mali, ils se soucient peu de l\'avis des Allemands. Et lorsqu\'ils demandent le soutien des armes allemandes, ils déchaînent une vive polémique outre-Rhin. Ce dimanche, le ministre fédéral de la défense, Thomas de Maizière, pourtant d\'origine huguenote, a vivement répondu à ceux qui demandent plus de soutien de l\'Allemagne à la France : « l\'Allemagne n\'a besoin des conseils de personne pour sa politique de sécurité. » On se souvient que lors de l\'intervention en Libye, la même polémique s\'était déchaînée outre-Rhin.Mais la situation n\'est pas différente en matière économique, où l\'Allemagne mène sa propre route, sans se soucier des objections françaises. La politique de gestion de la crise par une réduction accélérée des déficits budgétaires est la conséquence de la volonté de Berlin. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont, en leurs temps, chacun tenter de freiner ou de tempérer cette politique. En vain, car l\'Allemagne est le seul garant crédible de la zone euro pour les marchés. Elle a donc clairement le pouvoir de décider de la politique à mener pour restaurer la confiance. Paris a dû finir par baisser la tête et reconnaître le bien-fondé des choix d\'Angela Merkel. Le cas du pacte budgétaire européen en est évidemment l\'exemple le plus frappant. Contesté par le candidat Hollande, il a finalement été voté par les élus socialistes et présenté comme « crucial » par le même François Hollande devenu président.Une relation qui reste déséquilibréeCes deux exemples montrent en fait que la relation franco-allemande n\'est pas seulement devenue très faible, elle est aussi déséquilibrée.  Paris, mise en danger par la perte de son triple A, par des finances publiques problématiques et par un manque de crédibilité de son personnel politique, quelle qu\'en soit la couleur, ne peut faire véritablement poids face à une Allemagne qui affiche une santé financière insolente et, malgré une croissance affaiblie, bénéficie toujours d\'une confiance aveugle des marchés. La France est donc en permanence sur la défensive. Impossible alors de chercher, comme jadis, à bâtir des compromis avec l\'Allemagne. La seule parade, c\'est de trouver des alliés alternatifs : les Britanniques lors de l\'intervention en Libye ou les Espagnols sur l\'union bancaire. Mais face à la puissance allemande, cette parade est souvent fragile ou à tout le moins aléatoire. Sur l\'union bancaire, il a fallu céder beaucoup et on risque encore d\'aller plus loin dans les concessions, au point de rendre cette union inutile. Car en face, l\'Allemagne ne peut que s\'irriter d\'une France qui cherche à la contourner ou à lui mettre des bâtons dans les roues. Elle s\'appuie donc naturellement sur le cercle des pays qui sont proches de ses idées et de son modèle : Autriche, Luxembourg, Finlande, Pays-Bas. L\'imposition de Jeroen Dijsselbloem à la tête de l\'Eurogroupe, comme celle d\'Yves Mersch au directoire de la BCE a confirmé cette stratégie. Dans les deux cas, les résistances de Paris ont encore été inutiles.La France et l\'Allemagne n\'ont certes jamais été véritablement d\'accord. Au-delà des embrassades, l\'esprit d\'indépendance de Charles de Gaulle vis-à-vis de l\'OTAN et sa politique économique étatiste n\'ont jamais été du goût des dirigeants de Bonn. François Mitterrand pouvait serrer la main de Helmut Kohl à Verdun, mais il s\'est méfié de la réunification allemande autant que le chancelier allemand se défiait de la politique budgétaire française. Mais il y avait alors un certain équilibre entre les deux puissances qui les poussaient à trouver un compromis.Un seul intérêt pour Berlin : le symboleMais pour trouver un compromis, il faut avoir un intérêt à le trouver. Cet intérêt est de plus en plus limité pour l\'Allemagne. Certes, la France demeure un de ses partenaires économiques importants. Mais progressivement, la part de la France, comme celle de l\'Europe, tend à décroître dans le commerce allemand. Sa croissance, l\'Allemagne va maintenant la chercher en Asie. Cette relation avec la France, elle peut donc se permettre de ne pas y attacher plus d\'importance que ne l\'exige le symbole. Ce qui n\'est pas rien : d\'une certaine façon, elle lui pemet de dissimuler sa puissance - toujours suspecte en Europe et dans le monde - derrière le rideau d\'une initiative commune. Mais pour cela, il faut une France qui accepte de jouer ce rôle. C\'était le choix effectué par Nicolas Sarkozy à la fin de son mandat. Il estimait du moins qu\'ainsi, l\'Allemagne pouvait « payer » cette approche commune par de légers compromis qui étaient toujours bons à prendre. Nul doute que François Hollande devra, lui aussi, en venir à ce réalisme. Il a déjà fait l\'amère expérience qu\'il n\'a guère le choix et que tenter de résister à l\'Allemagne n\'est guère payant. Mais là encore, ce symbole va devenir de moins en moins nécessaire à mesure que la puissance allemande deviendra, les années aidant, de moins en moins suspecte,.Des opinions publiques qui s\'ignorentGlobalement, cet anniversaire du traité de l\'Elysée est donc bien sombre. Mais l\'échec le plus patent est encore plus profond. C\'est que Français et Allemands s\'ignorent encore largement. Les jeunesses des deux pays, que le traité voulait rapprocher, regardent plus que jamais ailleurs. Selon les chiffres publiés récemment par Le Monde, les universités allemandes comptaient en 2010 près de 11 % d\'étudiants français de moins qu\'en 2005. Même évolution dans l\'\"autre sens\". Du reste, les jeunesses des deux pays apprennent de moins en moins la langue de l\'autre. Or, ne pas parler la langue d\'un pays, c\'est s\'interdire de le comprendre et de comprendre ses habitants. Rien d\'étonnant donc à ce que la presse allemande ne manque pas une occasion de se lancer dans un French Bashing que les médias britanniques ne désavoueraient guère. La une de Bild Zeitung lors de la dégradation de la France par Moody\'s : « la France est-elle la prochaine Grèce ? » l\'illustre. Mais les critiques d\'une Angela Merkel, « Bismarck moderne », proférées par notre actuel ministre du redressement productif durant la campagne présidentielle est du même ordre. En réalité, les opinions publiques des deux pays s\'ignorent. Les efforts jadis entretenus par les jumelages s\'éteignent progressivement. Les deux pays se connaissent de moins en moins.Cette indifférence des deux peuples et le plus patent échec de la politique franco-allemande et sa plus grande menace. Il n\'y a en effet guère de pression de l\'opinion de ce côté-ci du Rhin ou de l\'autre pour presser son gouvernement de renforcer les liens entre la France et l\'Allemagne. Bien au contraire. Du coup, rien ne motive réellement pour un vrai dialogue, sur un pied d\'égalité, des deux pays. Ce cinquantenaire sonne bien la fin d\'une époque.

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