Il était une fois l'Algérie

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Avec la sortie de « Hors-la-loi », de Rachid Bouchareb, une nouvelle polémique se profile. Pour la première fois dans une fiction, un réalisateur a osé mettre en scène les massacres de Sétif dans l'Est algérien en mai 1945 qui ont coûté la vie à des milliers d'Algériens. Un sujet quasi tabou en France. Mais dans « Hors-la-loi », les événements de Sétif sont utilisés comme une sorte de porte d'entrée dans l'histoire, juste un fait déterminant dans l'engagement futur de trois frères : Saïd (Jamel Debbouze), Messaoud (Roschdy Zem) et Abdelkader (Sami Bouajila) - le trio d'acteurs gagnants d'« Indigènes », du même Rachid Bouchareb.Pas de manichéismeLe destin de ces hommes, à la psychologie et au ressenti différent mais unis dans l'amour de leur mère, sert de trame à un film dont le véritable sujet est la bataille menée en France par le Front de libération nationale (FLN) pour parvenir à l'indépendance de l'Algérie. De 1954 à 1962, on suit donc la succession d'événements qui ont marqué l'époque?: l'impitoyable élimination par le FLN de ses rivaux du Mouvement national algérien (MNA), la prise de contrôle parfois musclée par ce même FLN des misérables bidonvilles des banlieues où s'entassent les travailleurs algériens, les attaques de commissariats, la torture, les trafics d'armes et la préparation des attentats, la réaction des services secrets français... Le tout sans jamais perdre de vue la destinée des trois frères. Saïd qui fait fortune dans les bouges et les clubs de boxe de Pigalle, alors que Messaoud, engagé dans l'armée française, revient blessé et profondément traumatisé après la défaite de Diên Biên Phu. Abdelkader, lui, l'intellectuel de la fratrie, emprisonné des années, s'engage totalement à sa sortie au sein du FLN dont il devient l'un des dirigeants en France. Messaoud finira par le rejoindre.Le réalisateur signe un film épique, plein de souffle, très bien interprété et aux décors soignés (il a été essentiellement tourné dans des studios tunisiens) qui évite de sombrer dans le manichéisme. Bouchareb a incontestablement réussi à dresser ici une histoire de l'Algérie naissante, sans passer sous silence la face (très) sombre du FLN. Reste au réalisateur, après « Indigènes » et « Hors-la-loi », à parachever le triptyque en réalisant un film sur l'Algérie d'après l'indépendance.

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