« Je dénonce l'émergence d'un courant favorable à l'inflation »

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STRONG>Comment réagissez-vous à la nomination de Frédéric Lefebvre au secrétariat d'État au Commerce ?« Wait and see. » L'homme est très actif. C'est un proche de Nicolas Sarkozy. Il a été très présent lors de l'élaboration de la loi de modernisation de l'économie. Mais comment va-t-il faire pour jongler entre le commerce, l'artisanat, les petites et moyennes entreprises, le tourisme, les services, les professions libérales et la consommation ? S'il s'occupe de la consommation, ne serait-ce que d'une once, ce sera déjà fort bien ! Car son costume d'Arlequin est fait de plusieurs matières et de plusieurs couleurs très contrastées. Comment va-t-il arbitrer entre les pharmaciens et les tenants du prix libre du médicament, par exemple ? La question est de savoir si ce gouvernement est un gouvernement de modernes ou s'il va se replier sur l'électorat traditionnel et corporatiste de l'UMP.Les négociations avec vos fournisseurs pour 2011 sont en cours. Vous avez récemment dénoncé les hausses de tarifs qu'ils vous présentent. Les industriels de l'agroalimentaire ont démenti vos chiffres. Qu'en est-il ?Jean-René Buisson, le président de leur association, l'Ania, n'a pas démenti mes chiffres. Il a dit que, « au final, l'impact sera beaucoup plus faible ». Nous ne sommes qu'au début des négociations. Les hausses, qui nous ont été soumises, se situent bien entre 5 % et 19 %. Elles sont en moyenne de 8,26 % dans les rayons alimentaires. [...] Je répète que Leclerc ne fera de la discrimination positive que sur les seuls produits d'origine agricole. Notre groupement ne s'opposera pas aux hausses de tarifs liés à des accords interprofessionnels ou à des hausses de matières premières. Mais ce sera à deux conditions : la première est qu'une clause stipule une réduction de tarifs en cas de retournement du marché ; la seconde est que cette hausse profite bien aux agriculteurs et non aux seules multinationales. Nous le vérifierons.Pour autant, fallait-il agiter le chiffon rouge de l'inflation ?Je veux dénoncer l'émergence d'un courant pro-inflation. Il est porté par les groupes industriels de produits de grande consommation qui réclament des hausses de tarifs. Il est aussi soutenu par les analystes qui y voient une manière de détruire de la dette et de la faire porter par les consommateurs. C'est absolument incroyable de voir combien de banques se risquent à dire qu'on « pourrait aller jusqu'à 5 % d'inflation ». En gros, elles estiment que les consommateurs pourraient l'avaler ! Même Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, dit qu'il vaut mieux de l'inflation que de la déflation ! Chez les élites, il y a une alliance objective sur ce thème. Je refuse que les Centres E. Leclerc se prêtent à ce jeu. Nous, les distributeurs, avons gagné la bataille de l'inflation. En deux ans, nous l'avons fait chuter de 5 % à 0 % dans nos magasins. Nous avons mobilisé nos capacités de négociation auprès de nos fournisseurs grâce à la loi de modernisation de l'économie et développé nos propres marques et nos promotions. Nous ne gâcherons pas cela. Car il ne faut pas perdre la confiance acquise auprès de nos clients.Vous voilà posé en sauveur des grands équilibres macroéconomiques !Eh bien, si on désigne Leclerc comme fauteur ou comme contributeur à l'inflation, il faut aussi lui reconnaître un rôle positif en la matière ! Car le débat sur le pouvoir d'achat va revenir. Les salaires ne progressent pas. Il n'y a aucune perspective d'amélioration des allocations publiques. Et les ponctions fiscales et les déremboursements de médicaments entraîneront une dégradation du pouvoir d'achat effectif des Français. Nous l'avons calculé avec les consultants du Bipe. Déjà, l'Insee revient sur ses prévisions. Tout laisse penser que l'évolution du pouvoir d'achat sera négative, probablement dès fin 2010 et, dans tous les cas, en 2011.Comment jugez-vous l'évolution actuelle de la consommation ?La consommation est bonne. Car les distributeurs l'ont rendu attractive. Les industriels ont repositionné leur offre. Les magasins ont répercuté les gains de marge et retrouvé une agressivité commerciale. Le prix alimente cette appétence.Comment se comporte votre activité en 2010 ?Le groupement E. Leclerc fait la course en tête. Il a creusé l'écart de prix par rapport à ses concurrents. Et, parce que notre offre est perçue comme la moins chère, notre croissance sera de l'ordre de 5 % cette année. Elle sera aussi de 5 % en 2011. Cette croissance est portée par les rayons de produits non alimentaires, contrairement à ce qui se passe chez nos concurrents dont Carrefour. Nous avons gagné 0,4 point de part de marché dans le non-alimentaire. Le gain est de 0,6 point sur les produits culturels.Comment atteindrez-vous ces 5 % de croissance en 2011 ?Nous voulons être une enseigne multicanal. Quel que soit le format, nous n'aurons qu'un discours, qu'un seul positionnement prix. Il sera le même en hypermarché, en supermarché et sur Internet, au contraire de Carrefour dont les clients constatent des écarts de prix, allant parfois jusqu'à 5 % entre Carrefour, Carrefour Market et Carrefour City.Quelle est votre stratégie sur le Net ?Les modèles actuels de commerce en ligne ne correspondent pas aux attentes du coeur du marché des produits de grande consommation. C'est la raison pour laquelle nous avons testé puis développé le Drive qui répond parfaitement au mode de vie des Français actifs. On passe commande sur le Web et on récupère ses courses au cours d'un trajet qui peut avoir une autre destination. [...] Malgré un faible effet de cannibalisation sur l'activité d'un hypermarché, ces Drive nous apportent une clientèle. Et un chiffre d'affaires additionnel qui contribue à hauteur de 7 % à notre croissance annuelle. Leclerc a autorisé chacun de ses adhérents à ouvrir deux E. Leclerc Drive. L'un peut être accolé à un magasin. L'autre peut être déporté. Il en existe 60 aujourd'hui. Nous en aurons 150 à fin 2011. Nous projetons de monter un réseau de 400 Drive en 2015. Le Drive fera partie des trois moteurs de la croissance du groupement, avec l'hypermarché - qui restera notre navire-amiral en évoluant, mais sans verser dans le grand magasin - et les concepts spécialisés type Parapharmacie, Espaces culturels, ou Leclerc Sport que nous continuons de développer.

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