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Et si l'axe Berlin-Londres dessinait l'architecture future de l'Europe ?

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Publié le 22 janvier 2013 à 22:04 - Mis à jour le 22 janvier 2013 à 22:04

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Ce mercredi, le Premier ministre britannique David Cameron tiendra un discours très attendu sur l\'Europe. Il devrait donner les grandes lignes de sa vision de l\'intégration européenne et, en filigrane, définir des formes de « conditions » au maintien du Royaume-Uni dans l\'Union européenne. On examinera évidemment ce discours à la lumière de la situation intérieure du Royaume-Uni où le parti eurosceptique UKIP est donné à 10 % dans les sondages et menace de grignoter le potentiel électoral des Conservateurs. Nul doute que les réactions à Bruxelles seront également décortiquées par les médias. Mais pour bien saisir la portée de ce discours au niveau européen, il faudra surtout observer les réactions en Allemagne. La façon dont Angela Merkel reçoit les « conditions » britanniques sera déterminante pour l\'avenir de l\'Europe. Car la relation entre Londres et Berlin est un des mystères de la situation complexe dans laquelle se trouve le Vieux continent.DissensionsA première vue, pourtant, on peut estimer que Berlin fait partie des fermes éléments de résistance à la politique aventureuse de David Cameron. Vendredi 11 janvier, le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle a, dans les colonnes du Spiegel, mis fermement en garde Londres contre une tentation de sortie de l\'UE : « Il ne faut pas risquer de faire sortir le génie de la bouteille, car une fois qu\'on l\'a sorti, on ne peut plus le rentrer. » A l\'automne, Angela Merkel s\'était emporté contre les blocages de David Cameron sur le budget européen. Sans compter évidemment, qu\'avec Prague, Londres est la seule capitale à ne pas avoir voulu ratifier le pacte budgétaire et que Londres s\'oppose à la taxe sur les transactions financières soutenue par Berlin. Bref, la puissance dominante de l\'Europe actuelle semble ne pas avoir d\'atomes crochus avec la politique du gouvernement de Sa Majesté.Londres et Berlin partenairesMais la situation n\'est peut-être pas si simple. En réalité, Berlin a ménagé le Royaume-Uni dans le débat budgétaire européen. Face aux oppositions de la France, des pays méditerranéens et de l\'Europe de l\'Est, Angela Merkel a même pu trouver dans les positions britanniques, comme dans celles de la Suède, un soutien précieux. Il s\'en est suivi un blocage des discussions budgétaires européennes, ce qui n\'a pas été pour déplaire aux deux pays. Nul doute que, dans le cadre des futures discussions budgétaires, l\'axe Berlin-Londres pourra encore fonctionner. Du reste, à bien lire les déclarations de Guido Westerwelle, on comprend que le gouvernement allemand craint un « Brexit », une sortie de la Grande-Bretagne de l\'UE parce qu\'elle affaiblira sa position. « L\'Allemagne souhaite conserver le Royaume-Uni dans l\'UE comme un partenaire constructif et actif », a-t-il expliqué.Point d\'accordsDans une note parue ce mardi, le Think Tank britannique Open Europe insiste sur les points où Londres et Berlin peuvent s\'entendre. Sur les changements institutionnels au sein de l\'Europe, l\'Allemagne peut trouver un allié dans le Royaume-Uni. Comme les Britanniques, les Allemands refusent toute « socialisation » des dettes. Cité par Open Europe, un sondage de juin 2012 publié dans Die Zeit montre également que 60 % des Allemands s\'opposent à de nouveaux transferts de compétences vers Bruxelles. Une exigence que ne renierait pas un Britannique. Enfin, l\'exigence de plus de démocratie peut également trouver un terrain favorable à Berlin et à Londres où l\'on se défie des procédés intergouvernementaux (que l\'on songe au rôle du Bundestag dans les processus européens outre-Rhin) chers, par exemple, à l\'Italie et à la France. Enfin, la réduction des règles sociales européennes qu\'a évoqué David Cameron n\'effraie guère une Allemagne qui a poussé aux réformes structurelles dans la zone euro et dont la réglementation sociale est minimale, en dehors des accords de branche.Allié précieux dans la campagneDans les réflexions sur la future architecture de l\'Europe, l\'Allemagne pourrait donc trouver un allié précieux dans l\'euroscepticisme britannique. Ce serait un moyen de faire pendant aux poussées intégrationnistes de Paris, Madrid, Rome ou Bruxelles. Angela Merkel pourrait alors s\'appuyer sur une alliance avec David Cameron dans le cadre de sa campagne électorale. Elle pourrait faire miroiter aux électeurs allemands une Union européenne plus libérale, refusant tout transfert vers les pays du sud, favorisant la compétitivité et réduisant la solidarité. Une Europe dont rêve une majorité de Britanniques et d\'Allemands. Et comme les deux gouvernements, britannique et allemand, reposent sur la même coalition, une alliance entre Libéraux et Conservateurs, pour s\'assurer de cette architecture, il suffira donc aux Allemands de replacer au pouvoir l\'alliance CDU-FDP qui gouvernera l\'Europe avec David Cameron...Comme le soulignait Guido Westerwelle, ancien leader des libéraux allemands, dans le Spiegel : « Nous voulons une Union européenne approfondie et meilleure à 27, avec le Royaume-Uni », a expliqué le chef de la diplomatie allemande.Stratégie allemandePlus globalement, une telle stratégie serait cohérente avec les derniers développements de la politique européenne allemande. On observe actuellement un resserrement de Berlin autour du « cœur » libéral de la zone euro : Pays-Bas et Finlande. La nomination de Jeroen Dijsselbloem à la tête de l\'Eurogroupe, mais aussi les tensions au sein des discussions sur l\'Union bancaire, le prouvent. Berlin a beaucoup fait, lors de l\'adoption du principe de l\'union bancaire pour le rendre acceptable par les pays hors zone euro comme la Suède, qui y étaient très opposés. Comme Berlin ne veut pas d\'une union bancaire effective avant les élections de septembre 2013, elle pourra s\'appuyer sur Londres ou Stockholm pour soulever de nouvelles difficultés et freiner le processus. A l\'heure où l\'on célèbre avec fracas « l\'amitié franco-allemande », la chancelière semble vouloir construire un front en Europe qui rejetterait Paris dans le « Club Med. »

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