Pittsburgh, ou le rendez-vous de l'Europe

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oint de vue Édouard Tétreau, Jean-Paul Tran Thiet et Frédéric Bonnevay (*) Pittsburgh : drôle d'endroit pour une rencontre, qui plus est un sommet du G20. Pittsburgh est une des villes symboles de la désindustrialisation en Amérique, mais aussi de sa réinvention. Après avoir vu sa population fondre de moitié entre 1950 et 2000, Pittsburgh a récemment renoué avec la croissance, soldant son passé sidérurgique pour miser sur les secteurs d'avenir que constituent la santé et l'éducation.Message aux membres du G20 : Pittsburgh, par ailleurs haut lieu d'affrontements à répétition entre la France et l'Angleterre pendant la guerre de Sept Ans, est un endroit ou l'on finit peut-être par s'entendre et par se réinventer. Ce ne serait pas une mauvaise chose pour le G20, dont la liste des insuffisances passées est à peu près aussi longue que le catalogue des sujets d'affrontement actuels : réforme des modes de rémunération ; ratios de capitalisation des banques ; limitation des activités de banques de spéculation, comme l'a de nouveau proposé Paul Volcker ; normes comptables trop différentes pour être comparées (sur les calculs de ratios prudentiels bancaires notamment), et trop court-termistes pour inciter l'industrie financière et ses agents à la performance de long terme, etc.Un an après la faillite de Lehman Brothers, un accord sur ces sujets clés devient urgent. En effet, passé les premiers signaux d'une reprise économique mondiale forte mais artificielle, portée par des déficits publics abyssaux, les mêmes causes de la crise financière de 2008 menacent de produire les mêmes effets. S'y ajoute un élément nouveau : la raréfaction du crédit accordé aux entreprises, aux ménages et aux collectivités locales dans la plupart des pays membres du G20, malgré le dynamisme des politiques monétaires et la reconstitution des bilans bancaires.Sans doute ne faut-il pas tout attendre du G20 en matière de régulation financière. Les intérêts de ses différents membres sont trop réels et divergents pour être soldés en quelques réunions : ainsi du poids de la City de Londres dans l'économie britannique, ou celui de Wall Street dans le financement de la démocratie américaine.L'Institut Montaigne formule donc plusieurs recommandations en termes de régulation financière, mais estime que l'urgence est ailleurs : elle tient dans la nécessité pour l'Europe de reprendre toute sa place dans la gestion de cette crise, et dans la gouvernance mondiale. En effet, fin juillet, à Washington, a eu lieu un sommet non pas du G20 mais du « G2 », entre les États-Unis et la Chine. L'existence même de ce G2 où les grands sujets furent discutés (régulation financière, ordre monétaire, commerce mondial, etc.) devrait constituer un puissant signal d'alarme pour les dix-huit autres membres du G20, et particulièrement les pays européens.L'Union européenne, virtuellement la première puissance économique mondiale en termes de PIB, peut-elle demeurer plus longtemps ce nain politique et diplomatique, paralysé par les limites de sa gouvernance actuelle et les intérêts divergents de ses membres, petits et grands ? La crise financière a agi comme un puissant révélateur des limites et faiblesses de l'Europe. Passé une présidence française vigoureuse, à la hauteur des enjeux, lors du second semestre 2008, l'Europe politique est retombée dans son anémie et son insignifiance face aux défis de la crise.Pittsburgh peut donc être le moment non pas d'un improbable accord du G20 sur tout, mais celui de l'affirmation d'une position européenne unie, puissante, et déterminée à ne pas se laisser de nouveau dicter son agenda par les intérêts de l'entente sino-américaine.Pour y parvenir, l'Europe peut compter sur deux États qui ont toujours été ses piliers et sa force d'entraînement : l'Allemagne et la France, potentiellement ensemble la deuxième puissance économique mondiale, loin devant la Chine. Les voies et les moyens existent pour que ces deux États, et leurs dirigeants, sortent enfin l'Europe de l'ornière pour qu'elle existe face aux États-continents du XXIe siècle. Telle est notre conviction, mais aussi la conclusion du débat organisé par l'Institut Montaigne le 14 septembre dernier, autour de MM. Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers, Léo Apotheker, PDG de SAP AG, et Charles-Henri Filippi, ancien PDG de HSBC France.Ce renouvellement de la relation franco-allemande a commencé à Berlin le 31 août 2009, avec la conférence commune entre la chancelière Merkel et le président Sarkozy. C'est ensemble qu'ils vont défendre et promouvoir l'agenda de l'Europe à Pittsburgh. Le lendemain, après les élections générales allemandes, le rapprochement de l'Allemagne et de la France en avant-garde de l'Europe sera entre leurs mains. Vingt ans après la chute du mur de Berlin. n (*) Auteurs de la note de l'Institut Montaigne : « Entre G2 et G20, l'Europe face à la crise financière », septembre 2009 (site : www.institutmontaigne.org).

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