Contre le déclin de l'Europe, l'impératif industriel

Le monde du XXIe siècle vit une mutation sans précédent qui se caractérise par deux phénomènes majeurs : la globalisation des échanges de toute nature (marchandises, capitaux, savoirs...) conduisant à l'émergence de plaques régionales dépassant la taille des États, et à un déplacement du centre de gravité de l'économie de la zone Atlantique (États-Unis-Europe) vers la zone Pacifique (Chine-Inde). Face à cette mutation, l'Europe se trouve aujourd'hui à la croisée des chemins, entre renforcement de l'intégration et tentation du repli sur soi protectionniste au niveau national. Devant la montée en puissance des acteurs ex-émergents (Chine, Inde, Brésil...), les choix que l'Europe sera amenée à faire auront un impact majeur sur la place que cette zone occupera sur la scène économique mondiale des années 2020.Le premier enjeu pour l'Europe est un enjeu d'unité. Dans un monde de grands ensembles, aucun État européen n'aura les moyens de peser individuellement, et seule une réponse collective peut permettre à l'Europe de rester maîtresse de son destin. Compte tenu des forces et faiblesses actuelles, sur quels secteurs miser ? Dans le luxe, le tourisme, le nucléaire, elle possède des atouts structurels qui lui permettent d'envisager sereinement l'avenir, sur des secteurs non délocalisables et/ou sur lesquels elle dispose d'une avance durable. Sur les autres secteurs, l'Europe a vu ses positions attaquées par de nouveaux acteurs ayant à leur disposition des marchés en forte croissance, des avantages compétitifs majeurs (coût du travail) et un vivier de compétences inépuisable (la Chine forme plus de chercheurs que l'Europe des Quinze). À maintenir cette tendance, l'Europe prend le risque de devenir une zone de second rang, avec une économie spécialisée sur quelques points forts et un déclin sur les secteurs industriels majeurs (automobile, matières premières, pharmacie...). Ou alors l'Europe décide de remettre au goût du jour le volontarisme industriel et de mettre en place une politique ambitieuse visant à recréer, sur des segments précis, un avantage compétitif pérenne.Pour ce faire, trois étapes nous semblent devoir être suivies. En premier lieu, identifier les secteurs où le « modèle social » européen ne constitue pas une barrière rédhibitoire. Sur des secteurs où se concentrent forte intensité en main-d'oeuvre, faible niveau de qualification et faible coût de transport (textile), croire que l'Europe est capable de recréer un leadership mondial est illusoire. À l'inverse, partout où il est possible de mettre en avant savoir-faire industriel et artisanal, performance technologique et capacité d'innovation, l'Europe peut (re)trouver sa place dans le futur panorama économique mondial. La deuxième étape consiste à définir, par secteur, les segments à privilégier pour capitaliser sur les points forts et compenser les faiblesses, tout en prenant en compte une logique de filières. Enfin, une démarche volontariste de focalisation des investissements de toute nature (financiers, industriels, formation intellectuelle...) devra être mise en oeuvre pour mettre nos entreprises dans les meilleures conditions pour retrouver un leadership mondial.Pour imager le propos, l'Europe a le choix entre la destinée du Portugal ou celle de la Suisse. En vivant sur ses acquis et ses points forts naturels, l'Europe glissera petit à petit vers une zone de second rang, avec un PIB par habitant de l'ordre de 18.000 dollars. En regagnant des positions par une démarche industrielle d'ampleur et concertée, elle peut à l'inverse s'imposer comme un acteur majeur, certes petit en nombre d'habitants, mais leader mondial sur quelques secteurs prédéterminés, permettant un PIB par habitant de l'ordre de 25.000 à 30.000 dollars.Roland Berger Strategy Consultants, HEC et « La Tribune » associés vous proposent ainsi un aperçu de dix secteurs clés, dans lequel nous analysons les grandes tendances de déplacement de valeur et les enjeux stratégiques associés. Cette étude se conclura par les Rencontres de l'entreprise européenne le 23 novembre prochain, l'occasion de faire un bilan et une synthèse des grands objectifs que doit se fixer l'Europe sur les dix prochaines années.

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