Comment Pékin a appris la grammaire capitaliste

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l'histoireLa décennie passée aura été marquée par l'ascension de la Chine comme puissance économique mondiale. Ce que l'on sait moins, c'est la façon dont a été organisé ce changement prodigieux. Si, pendant des années, l'élite chinoise fut formée aux préceptes du marxisme-léninisme enrichis par la pensée du stratège-président Mao Zedong, c'est pourtant l'un de ses derniers compagnons, le pragmatique Deng Xiaoping, qui ?uvra pour inscrire son pays dans le développement mondial, selon l'adage qu'il affectionnait : « Peu importe la couleur du chat, pourvu qu'il attrape la souris. »L'une des bases de ce changement fut la politique d'investissement, sur le mode capitaliste, à savoir l'utilisation des capitaux de façon efficiente. Dans ce but, deux instruments vont être mis en place. Le premier, en 1979, est la Citic, la China International Trust and Investment Corporation, dirigée par Rong Yiren, jeune entrepreneur capitaliste des années 1940 (lire ci-dessous) qui va se charger, selon les directives officielles, « d'attirer et utiliser les capitaux étrangers, introduire les nouvelles technologies, et adopter les pratiques internationales les plus en pointe en matière d'opérations et de management ». conglomérat géant« Fenêtre qui ouvre la Chine au monde extérieur » comme elle se définit, l'entreprise va durant presque vingt ans se développer en un conglomérat géant qui, à la fin de 2008, affichera un chiffre d'affaires d'un montant de 1.631,6 milliards de yuans (164,3 milliards d'euros) et un bénéfice net de 14,2 milliards de yuans (1,43 milliard d'euros). Ses activités couvrent la production, la technologie, la finance, le commerce, les services industriels, favorisant une révolution culturelle dans la perception et la gestion du monde des affaires. Aujourd'hui rebaptisée Citic Group, la société dirigée par Kong Dan possède 44 filiales, présentes dans de nombreux pays.Après la saga de Citic, la Chine va s'affirmer comme puissance d'investissement à travers le monde grâce à la création, en 2007, d'un fonds souverain, la China Investment Corporation (CIC). Calqué sur le fonds souverain de Singapour créé en 1999, Temasek Holdings, il a pour objectif officiel de prendre des participations à travers le monde afin d'optimiser ses placements, mais en prenant des risques mesurés, tout en améliorant la gouvernance dans les institutions financières de l'État. Autrement dit, des investissements à rendement stable et à long terme. Surtout, il s'agit, pour le pays, de valoriser une partie de ses réserves de change qui s'élèvent à 1.900 milliards de dollars. Lors de la création du fonds, le ministère des Finances avait émis pour 1.550 milliards de yuans de bons du Trésor et utilisé l'argent récolté pour acheter des réserves internationales d'un montant de 200 milliards de dollars, injectés dans CIC. Aujourd'hui, le fonds dispose de 288,8 milliards de dollars. Plus prosaïquement, plus des deux tiers des réserves de change étant libellées en dollars, Pékin cherche à valoriser un trésor dont la faiblesse du billet vert a réduit considérablement le rendement sur le marché des changes. Les investissements, dans des participations minoritaires, ciblent des sociétés qui représentent un enjeu pour les pays occidentaux, compagnies aériennes, banques, transport, énergie, défense, compagnies minières et d'hydrocarbures, ainsi que les sociétés ayant une forte présence en Chine. Preuve de son importance politique, le fonds souverain est directement placé sous l'autorité du Premier ministre Wen Jiabao.besoin vitalLes premiers pas du CIC ont montré un certain « amateurisme ». En mai 2007, 3 milliards de dollars sont investis dans Blackstone, l'un des plus importants fonds d'investissement américain. En décembre 2007, il investit 5 milliards de dollars lors d'une augmentation de capital de la banque Morgan Stanley, équivalent à 9,9 % du capital. Mais avec la crise financière, ces placements ont fondu comme neige au soleil. En avril 2008, la CIC ? via la State Adiministration of Foreign Exchange ? place 2,8 milliards de dollars dans la compagnie pétrolière française Total, soit une part de 1,6 % du capital.Les ressources naturelles attirent la Chine, dont elle a un besoin vital pour son développement industriel et urbain. En juillet 2009, elle vient aider financièrement le géant minier canadien Teck Resources en lui octroyant 1,74 milliard de dollars. Dernièrement, le fonds a investi dans Goodman, opérateur immobilier australien, et? Citic Capital Holding (fonds hong-kongais) en proie à des difficultés, filiale de Citic. Tout un symbole de la décennie écoulée.

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