Le carbone, un marché pas comme les autres...

La mise en oeuvre en Europe d'un marché du carbone a été une aventure inédite dans son genre et abondamment commentée, avec son lot de détracteurs et de partisans. Il manquait paradoxalement un état des lieux complet, une évaluation selon le terme désormais à la mode dans le monde des politiques publiques, des trois premières années (2005-2007) de la période d'essai de ce fameux « système européen d'échange de quotas d'émissions ».Cette lacune est aujourd'hui comblée avec la publication, simultanément en anglais et en français, du « Prix du carbone », un ouvrage collectif, fruit d'un programme de recherche international conduit pendant deux ans par des équipes universitaires basées en France, en Irlande, aux États-Unis et en Allemagne. Révélons tout de suite la principale conclusion du livre : le marché européen a été un succès. Mais le plus important n'est pas là.L'intérêt de l'ouvrage réside dans la démonstration faite de ce succès sur la base de l'observation et non du parti pris. L'étude détaillée du fonctionnement effectif de ce marché particulier permet d'en comprendre les mécanismes et surtout la logique, et de balayer au passage quelques idées reçues, comme une trop rapide assimilation aux marchés des matières premières. La différence est pourtant de taille : l'offre sur le marché carbone - le quota d'émissions - ne dépend pas en effet d'une ressource naturelle mais d'une décision politique et d'engagements chiffrés de réduction des émissions. D'où des débuts difficiles, faute d'informations suffisantes. Mais sur le plan du bilan, les auteurs sont catégoriques : la réduction des émissions a été modeste mais bien réelle (de 120 millions à 300 millions de tonnes) dans les trois premières années, selon plusieurs scénarios d'observation. Pour les auteurs, c'est bien la preuve de l'efficacité du dispositif.Aux politiques donc d'en prendre acte s'ils souhaitent se fixer des objectifs plus ambitieux en matière d'émissions de CO2. L'outil existe et il fonctionne. Mais pour quel coût ? Réponse des auteurs : négligeable, soit 0,1 % du PIB européen. Et sur un plan plus sectoriel, les chercheurs n'ont pas pu identifier d'impact réellement significatif sur la compétitivité des industries concernées. Bref, le système européen est un exemple, dont le monde devrait bien s'inspirer. Le message peut détonner aujourd'hui en pleine morosité post-Copenhague. Les auteurs le reconnaissent d'ailleurs bien volontiers : l'Europe se sent un peu seule. Et au moment où le marché européen prépare sa troisième période (2013-2020), tous les projets de « cap and trade » dans le reste du monde sont gelés. Et l'espoir d'un essaimage du modèle européen à travers le monde est un peu tombé, même si Denny Ellerman, conférencier au MIT et coauteur du livre, estime que les États-Unis finiront par adopter un marché carbone d'ici trois à cinq ans. Car les auteurs y croient fermement : le système européen a non seulement montré son efficacité mais son caractère multinational renforce encore ce succès. Christian de Perthuis, l'un des coauteurs du livre, rappelle que la taxe carbone a été rejetée dans les années 1990 faute de consensus au profit d'un système qui permet le compromis. E. B.« Le Prix du carbone. Les enseignements du marché européen du CO2 », A. D. Ellerman, F. J. Convery et C. de Perthuis. Éditions Pearson, 336 pages, 38 euros.
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