L'éditorial de Sophie Gherardi

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Quel paradoxe?! Depuis la crise, les similitudes entre les deux grandes zones économiques de l'Occident ont semblé se renforcer?: les États-Unis et l'Europe affichent aujourd'hui un taux de chômage identique (10 %), le taux d'épargne des ménages est remonté outre-Atlantique vers des niveaux « européens », l'État a renforcé sa présence dans l'économie de part et d'autre de l'océan, l'Amérique d'Obama s'est dotée d'un système de santé plus protecteur, à l'européenne. Et pourtant, la divergence d'analyse est patente entre les grands argentiers des deux rives, Ben Bernanke pour la Fed et Jean-Claude Trichet pour la Banque centrale européenne. L'Américain plaide pour une politique monétaire encore et toujours accommodante, de peur d'une rechute de l'activité, alors que l'Européen a sifflé la fin de la récré en appelant tous les grands pays à réduire sans plus attendre les déficits. S'agit-il de postures idéologiques?? Bernanke redevient-il cet économiste qui niait le danger des bulles, Trichet ce partisan dogmatique de la stabilité monétaire?? Si c'est le cas, ce n'est peut-être pas l'explication essentielle de leur désaccord. La vérité est que ces deux énormes économies, si comparables par la taille et l'influence, continuent à se financer selon des modes radicalement différents. En Europe, 70 % des fonds qui irriguent l'appareil productif proviennent des banques. En Amérique, la proportion est inverse?: 80 % des financements des entreprises sont apportés par les marchés. Voilà pourquoi les États-Unis peuvent enregistrer sans broncher plus de 100 faillites de banques depuis le début de cette année, et pourquoi leurs « stress tests », l'an dernier, n'ont porté que sur 19 banques « systémiques ». En Europe, l'épreuve de vérité est autrement lourde de conséquences, elle a d'ailleurs été menée à plus grande échelle et, quoi qu'on en pense, avec sérieux. Chez nous, la moindre banque est « too big to fail ». On choisit la consolidation plutôt que l'exécution. Le genre western, en Europe, c'est bon pour le cinéma. sgherardi@latribune.f

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