Pour une réelle coopération énergétique en Méditerranée

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PerspectivesLe vent de changements qui souffle sur les pays du sud de la Méditerranée ne sera pas sans conséquence sur le futur des relations avec les pays du Nord. Aussi, n'est-il pas temps de répondre au pourquoi du peu de réussite des initiatives de coopération développées jusqu'ici, notamment en matière énergétique ? Ne faut-il pas opérer à un réel changement tant, dans les rapports entre les pays du Maghreb eux-mêmes que dans les relations entre le Maghreb et l'Europe ?La région fait face à des contraintes, différences et déséquilibres qui ne font que s'aggraver. En matière démographique, contrairement au Nord, la population du Maghreb, en majorité jeune, augmente à un rythme soutenu, engendrant des besoins de plus en plus importants. Sur le plan économique, il y a deux mondes bien distincts d'une rive à l'autre de la Méditerranée. En matière énergétique, les insuffisances sont nombreuses. Un habitant du Nord consomme trois fois plus d'énergie qu'un habitant du Sud et les flux énergétiques Sud-Nord demeurent cantonnés à une relation purement commerciale. Le résultat est, qu'il existe un déficit de confiance, voire une certaine défiance, aussi bien entre Nord et Sud qu'entre pays du Maghreb. Le lancement de larges coopérations est ainsi entravé par des approches dépassées et des pratiques incongrues. Pour les pays du Maghreb, le chacun pour soi, basé sur une vision essentiellement nationale, se heurte à l'étroitesse des marchés respectifs et à une déficience en matière de capacité de conception et de réalisation. Quant à l'Europe, principal partenaire commercial de ces pays, son approche est caractérisée par une vision, pour le moins, courte. Elle a tendance à les considérer en de simples pourvoyeurs de matières premières et/ou en des opportunités de marché séparées. La coopération entre les deux rives a souvent pris la forme d'une assistance du Nord au Sud, accompagnée de dépendances commerciales, financières et technologiques ; les pays du Maghreb continuant d'importer au prix fort des technologies, sans être en mesure de pouvoir les reproduire et encore moins les développer.Aussi, il est vital, pour les pays du Maghreb, de considérer les atouts qu'offre l'ensemble régional, tant sur les plans géostratégique, économique, commercial et financier que sur le plan de la force de travail. En outre, la nécessité de donner une dimension nouvelle à la coopération entre les deux rives n'a jamais été aussi forte et aussi pressante. La coopération intramaghrébine pourrait s'articuler sur :- le développement des échanges énergétiques. Moteur de développement, l'énergie contribuerait à résoudre les graves problèmes engendrés par l'insuffisance en eau ;- la réalisation de projets intégrés en partenariat, à intérêts croisés, pour approvisionner un vaste marché intérieur et considérer des opportunités d'exportation maghrébines de produits finis plus rémunérateurs ;- la mise en oeuvre de politiques communes et volontaristes basées sur l'économie d'énergie et l'efficacité énergétique ainsi que sur une large exploitation du solaire et de l'éolien.La coopération euromaghrébine nécessite, quant à elle, d'être repensée. La relation de dépendance de chacun des pays du Sud vis-à-vis de l'ensemble européen doit être rompue et transformée progressivement en un partenariat intégré, qui pourrait porter sur la sécurisation de la relation énergétique par des participations croisées Nord-Sud, à tous les niveaux de la chaîne, de la prospection à la distribution en passant par la production électrique. Il est plus que nécessaire de donner de la cohérence à l'industrie énergétique en traitant la question de la sécurité, des approvisionnements pour les uns et des débouchés pour les autres, dans le cadre d'une perspective globale. Le développement de nouvelles infrastructures gazières, avec la participation au projet du gazoduc Nigeria-Algérie, de sociétés européennes pour amener du gaz du Nigeria jusqu'au gisement de Hassi Rmel, qui jouerait un rôle de réservoir poumon. Il faut aussi réaliser le gazoduc Mena, qui partirait d'Irak pour relier l'Égypte par l'« arab gas pipeline » existant puis traverserait la Libye pour aboutir à Hassi Rmel, qui fonctionnerait en hub. On peut aussi imaginer la réalisation en partenariat de centrales et d'interconnexions électriques, pour exploiter les complémentarités, aussi bien entre pays du Sud qu'entre Afrique du Nord et Europe. Et enfin, mettre en oeuvre un plan régional global pour la réduction des impacts du réchauffement climatique ainsi que pour la disponibilité et la gestion de l'eau. L'énergie pourrait jouer un rôle majeur, comme facteur fédérateur dans les relations intra-Maghreb et comme élément moteur d'une coopération méditerranéenne, équilibrée, solidaire et ambitieuse. Cependant, le remodelage géopolitique en cours, la crise économique qui sévit et la marche effrénée de la mondialisation imposent aux pays euroméditerranéens de faire, rapidement, les bons choix, qu'ils soient d'ordre stratégique, économique ou politique.

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