Pippo Delbono lance un grand cri d'amour

Pas de douleur, non ! De la pitié pour ces morts dans une usine en feu. On ne pleure pas des inconnus. On a mal avec eux. C'est dans cette dérive des sentiments qu'éclate « la Menzogna », (le Mensonge), le nouveau spectacle de Pippo Delbono, au théâtre du Rond-Point. Ce que la mort lui dit, c'est le mal qu'elle fait, les blessures qu'elle laisse et qui font resurgir tout un pan de l'histoire de l'homme. Et avant tout, ce fascisme ordinaire que subit un monde qui n'a pas toujours la parole.« Je ne fais pas d'idéologie politique, dit Pippo Delbono, c'est la rage qui me pousse vers le théâtre dans un véritable acte d'amour. » Le voilà qui nous entraîne donc avec toute sa troupe dans un voyage au coeur du mensonge. Corps masqués, maquillés, hommes bêtes, femmes dans la violence de leur désir. Delbono ne provoque pas, il accapare notre regard, le pousse dans des contrées où, parfois, il refuse d'aller. « L'amour, dit-il, c'est un passage à travers la conscience de la douleur. Une riposte à la violence. »la danse comme nécessitéCette violence est là. Présente dans des cris, des hurlements que plus personne n'entend. Il y a du sacré dans l'acte théâtral de Pippo Delbono, comme il y en avait dans le dernier film de Pasolini « Salo » auquel on pense parfois. Avec ses rites. Ses cérémonials. Et cette chorégraphie des corps que le metteur en scène pousse à l'extrême, sur Wagner ou Stravinsky.« La danse est pour moi une nécessité. Elle raconte plus que la parole. Elle est porteuse de sa propre histoire, de sa propre mémoire. » La monstruosité des choses passe aussi par l'éphémère d'une beauté fantasque et funeste. Vision fugitive d'un nu d'Ingres ou de Bacon. Du corps d'un gros bébé nu emperlousé jusqu'aux pieds, portrait éternel, fantasmé, d'une diva. Hymne aussi à l'innocence de l'homme. On ne peut oublier l'image finale de Pippo, nu comme le premier homme, tenu par la main par Bobo, son comédien fétiche qui le guide sur scène. Comme s'il venait de naître au théâtre. À la vie. Jean-Louis PinteThéâtre du Rond-Point. Tél. : 01.44.95.98.21. À 20?h?30. Jusqu'au 6 février. En tournée à Bayonne, Béziers, Caen, Toulouse, Rennes.

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