« Angela Merkel a les vertus qu'attendent les Allemands »

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Gerd Langguth, universitaireLa campagne de la chancelière a- t-elle été une « anti-campagne » ?Angela Merkel a mené une campagne assez inhabituelle. Elle a évité toute polarisation du débat. Selon elle, favoriser les sujets clivants aurait en effet profité en priorité au SPD, en permettant de mobiliser ses électeurs. Elle a donc préféré, en raison de son énorme popularité, mener une campagne personnelle en évitant de prendre position sur les grands choix pour l'avenir.Comment expliquez-vous sa popularité en Allemagne ?Angela Merkel a des vertus qui correspondent à ce qu'attendent aujourd'hui les Allemands : elle favorise le consensus, elle argumente, elle est travailleuse. Elle a également profité de sa présence dans la crise. Les périodes de crise sont traditionnellement favorables aux chanceliers en place. Les électeurs ne sont alors pas prêts à changer de gouvernements.Son statut à l'étranger a-t-elle favorisé sa popularité ?Elle a en effet réalisé une bonne performance sur le plan international. Elle a notamment repris la tradition de Helmut Kohl sur le plan européen.Voici quatre ans, Angela Merkel était présentée comme la « Margaret Thatcher » allemande. Elle affiche aujourd'hui un profil très modéré. Ce changement est-il conscient ?Je le crois. Angela Merkel a entre-temps compris que la CDU était un parti populaire et qu'elle ne devait pas seulement représenter les intérêts des employeurs, mais également s'intéresser aux salariés. Sur le problème du salaire minimum, par exemple, elle a fini par accepter de nombreux compromis, ce qui a été présenté par beaucoup comme une « social-démocratisation » de la CDU. Mais il faut prendre en compte qu'une grande partie de la population est plutôt à gauche sur le plan économique.D'où la bonne ambiance au sein de la « grande coalition »?Je crois qu'Angela Merkel pourrait très bien vivre avec une nouvelle grande coalition, si elle ne dispose pas de la majorité suffisante pour construire une coalition avec les libéraux. Elle peut penser que s'il faut couper dans les budgets sociaux au cours de la prochaine législature, cela sera plus facile à faire accepter avec le SPD qu'avec les libéraux du FDP. Une nouvelle grande coalition serait cependant un danger pour les deux partis, car cela profiterait électoralement aux petites formations.Une coalition avec le FDP serait-elle source de difficultés pour Angela Merkel ?Sur certains sujets, comme la sécurité intérieure, le consensus pourrait s'avérer délicat à trouver. Les points d'accords seront plus aisés sur le plan économique, quoi que la revendication d'une baisse rapide des impôts par le FDP et la CSU sera difficilement réalisable.La CDU dispose-t-elle d'une alternative pour diriger le parti ?Non. Aussi longtemps qu'Angela Merkel restera chancelière, il n'y a pas d'alternative.Quels sont les défis d'un nouveau mandat ?Régler la crise financière, combattre le chômage et organiser la lutte contre le terrorisme avec, en arrière-plan, la question de la présence militaire allemande en Afghanistan.Quelles sont les faiblesses d'Angela Merkel ?Il lui manque quelque chose comme la force d'une vision politique. Elle tire néanmoins sa force de son pragmatisme et son absence d'idéologie pour régler les problèmes. Propos recueillis par Romaric GodinGerd Langguth est professeur de sciences politiques à l'université de Bonn et biographe d'Angela Merkel.

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