La perspective de taux durablement bas envoie le dollar à la cave

 |   |  534  mots
Alors que la politique de changes n'est pas de son ressort, car bastion réservé du Trésor des États-Unis, la Réserve fédérale - par la voix de son président Bernanke - a pourtant cru bon de faire une entorse au code de bonne conduite tacite entre les deux protagonistes, en reprenant à son compte le credo américain du « dollar fort dans l'intérêt des États-Unis et du reste du monde ». C'était lors de sa première conférence de presse de l'histoire de la Fed, à l'issue de son conseil mercredi, où le maintien des taux à un niveau voisin de zéro « pendant une période prolongée » a fait à nouveau sortir de leur tanière les « ours » (les baissiers) sur le dollar. Pas plus tard que mardi, Tim Geithner, le secrétaire au Trésor lui-même, avait remis le refrain au goût du jour pour la première fois depuis novembre, alors que ces derniers mois c'était... Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, qui prêchait pour que les États-Unis endossent à nouveau le mantra défendu depuis les années 1990 avec plus ou moins d'ardeur. Ce chorus fait écho au nouvel accès de faiblesse caractérisé du dollar. Las, jeudi, au lendemain de la grand-messe de la Fed, l'indice pondéré du billet vert face aux monnaies des six principaux partenaires commerciaux des États-Unis est tombé à son plus bas niveau depuis trois ans pour ne plus valoir que 72,871. Ce qui porte à 4 % sa glissade en avril et le rapproche lentement mais sûrement de son plancher historique de mars 2008 à 70,698. Le dollar est donc bien le juge de paix de la politique monétaire de la Fed. Le maintien d'un « biais » ultra accommodant, qui continue à mettre l'économie américaine sous perfusion, va creuser l'écart de rendements entre le dollar et les principales monnaies concurrentes, dans un monde où la lutte contre l'inflation a déjà conduit bon nombre de banques centrales à enclencher un cycle de hausse des taux. « Carry trade » encouragéLa Banque centrale européenne a rejoint le mouvement début avril, en relevant son taux directeur d'un quart de point à 1,25 %. Le creusement de ce différentiel encourage la pratique du « carry trade », ces stratégies de portage qui consistent à emprunter une monnaie à faible rendement pour en réinvestir le produit sur des placements plus rémunérateurs. Une stratégie qui restera juteuse et sans réel danger tant que la Fed n'aura pas supprimé de son communiqué la référence à la « période prolongée » de taux bas. Le dollar australien, qui rapporte 4,75 % et a explosé son record absolu ce jeudi face au billet vert, en est le meilleur exemple. Mais l'euro n'est pas en reste. En dépit de la lancinante crise de la dette souveraine, la monnaie unique s'est hissée à son plus haut niveau depuis décembre 2009, montant jusqu'à 1,4880 dollar. Les vendeurs de dollars ont maintenant le seuil de 1,50 dans leur ligne de mire. Mais il faudrait un cataclysme pour revisiter le plancher historique de 1,6038 du 15 juillet 2008, que l'arrêt programmé de la planche à billets par la Fed le 30 juin devrait permettre d'éviter.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :