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« Il faut être présent dans tous les pays émergents »

La Tribune

Publié le 28 novembre 2010 à 22:24 - Mis à jour le 28 novembre 2010 à 22:24

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STRONG>La Russie a beaucoup souffert de la crise l'an dernier, avec un recul de près de 8 % de son produit intérieur brut. Quelles sont aujourd'hui les perspectives économiques du pays ?Dans l'économie mondiale, le rôle de la Russie est de fournir des matières premières et dépend donc de la demande mondiale. Mais le marché des matières premières et ses dérivés est un terrain de jeux privilégié pour la spéculation. Ces deux tendances jouent et il faudra voir laquelle l'emportera.Le président français Nicolas Sarkozy a fait de la volatilité des prix des matières premières une de ses trois priorités pour sa présidence du G20 cette année...C'est une initiative intéressante mais je ne vois à l'heure actuelle aucun mécanisme qui puisse résoudre ce problème de spéculation.L'État russe lance un nouveau programme de privatisations pour 32 milliards de dollars. Êtes-vous intéressé par certains actifs ?Je dispose déjà de beaucoup d'actifs dans plusieurs secteurs et je veux d'abord les faire croître et les introduire en Bourse pour les doter de liquidités. Ce n'est qu'ensuite que j'envisagerai deux ou trois acquisitions. Seule exception à cette règle : des investissements dans des secteurs innovants.Comme un des dirigeants de l'Union des industriels et des entrepreneurs russes (RSPP, le patronat), vous souhaitez une profonde réforme du Code du travail en Russie, notamment un âge de départ en retraite plus élevé ou une semaine hebdomadaire de travail de 60 heures.Notre Code du travail n'est pas mauvais en soi mais il est démodé. Il a bien fonctionné durant la transition du communisme au capitalisme. Il est cependant modelé pour l'industrie lourde, qui ne représente plus aujourd'hui que 4 % de la main-d'oeuvre en Russie. Ce Code du travail est donc peu adapté à l'actuelle économie de marché. Je veux créer un nouveau code plus efficient. Dans l'économie mondiale, chaque pays doit se réformer pour être plus compétitif, on le voit même en France. Ce n'est certes pas facile mais les difficultés de la Grèce montrent que tout pays pourrait être dans la même situation dans cinq à dix ans s'il ne parvient pas à être compétitif.La plus grande banque d'affaires russe, Renaissance Capital, dont vous contrôlez la moitié du capital, multiplie les opérations en Afrique. Pourquoi ?Renaissance Capital est en effet la première banque d'investissement en Afrique en termes de fusions et acquisitions et de négoce de devises. Après la crise, le paysage de la banque d'investissement a beaucoup changé : les banques d'affaires nationales agonisent.Renaissance Capital a pour principal avantage compétitif sa puissance dans les pays en développement qu'il s'agisse de l'Asie, du Moyen-Orient, de l'Europe de l'Est. Ou de l'ex-URSS et de l'Afrique où nous sommes déjà les premiers. Il faut être présent dans tous les pays émergents : avec toutes les liquidités qui se portent des États-Unis et d'Europe vers ces pays à la croissance plus forte, c'est un véritable casse-tête pour les fonds d'investissement américains et européens de travailler avec des banques d'investissement nationales. Ils ont besoin d'un établissement diversifié géographiquement comme le nôtre.Mais les Chinois qui investissent beaucoup en Afrique devraient eux-mêmes vous concurrencer.Ils ont du capital bien sûr mais 99 % des sociétés chinoises qui y opèrent utilisent Renaissance Capital pour leurs opérations de fusions-acquisitions !Vous souhaitez développer un partenariat dans la voiture électrique avec Vincent Bolloréeacute;, pensez-vous aussi travailler ensemble en Afrique ?Non. Notre coopération ne doit concerner que la voiture électrique.Quand sera lancé votre véhicule électrique ?En décembre nous présenterons trois modèles, dont la production sera lancée en 2012, avec l'objectif d'en vendre 10.000 par an. D'abord pour le marché russe. Ensuite nous aviserons. Son prix sera d'environ 10.000 dollars.Votre activité principale est toutefois l'extraction de l'or avec votre société Polyus Gold...Mon groupe, Onexim, est en fait très diversifié : je suis aussi le deuxième actionnaire (17 % des parts) d'UC Rusal, le plus grand producteur d'aluminium au monde. Je contrôle aussi une des dix premières compagnies d'assurances russe (Soglassye), une banque commerciale (IFC-Bank). Sans parler du domaine de l'énergie où ma société Quadra est présente dans onze régions russes. Par ailleurs j'ai bâti un grand groupe de médias, RBC Information Systems, qui est le « Bloomberg russe », regroupant des titres de presse écrite, Internet, chaînes de télévision.Souhaitez-vous toujours fusionner Polyus Gold, le groupe d'extraction d'or, avec un concurrent ou en racheter un ?C'est toujours ma stratégie mais ce n'est que la deuxième étape : d'abord Polyus doit atteindre la capitalisation boursière la plus élevée. D'ailleurs, nous voulons la coter prochainement à la Bourse de Londres : nous avons reçu toutes les autorisations nécessaires des autorités russes à cet effet.Pourquoi avez-vous racheté cette année l'équipe de basket du championnat nord-américain NBA, les New Jersey Nets.C'était un rêve que je caressais déjà quand nous étions actionnaires de Norilsk Nickel et donc propriétaires des équipes de sport (hockey, football) du CSKA Moscou. Depuis, j'ai eu la très grande chance que, à la faveur de la crise financière, la NBA m'entrouvre ses portes, puisque je suis le premier Européen à acquérir une équipe de NBA. Je veux porter cet esprit du championnat NBA en Europe, voire au niveau mondial.Vous êtes aussi un mécène avec votre fondation, organisant il y a peu plusieurs événements culturels à Lyon sur « la Sibérie inconnue ».Le meilleur mode pour se comprendre, c'est la culture. Les hommes d'affaires ne doivent pas seulement s'investir dans le business mais aussi dans le culturel. Avec ma fondation je veux aider l'accès à la culture dans les régions russes, moins bien loties que Moscou ou Saint-Pétersbourg.D'où vient votre intérêt pour la France ?J'aime l'énergie des Français.

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