Sanofi infléchit sa stratégie pour assurer son avenir

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Pour la première fois depuis son arrivée il y a dix-huit mois, il planait comme un parfum de mystère sur les propos de Chris Viehbacher qui a commenté jeudi les résultats semestriels de Sanofi-Aventis. C'est que le patron du laboratoire tricolore, tout en se refusant à commenter le sujet, est en passe de réaliser un mouvement stratégique majeur. Selon les médias anglo-saxons, il devrait officialiser d'ici à trois jours une offre de rachat de l'américain Genzyme (4,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires), pour laquelle il a obtenu le soutien du conseil d'administration. À 70 dollars par action, l'offre valoriserait la biotech à 18,7 milliards de dollars. Un montant pertinent si l'on en juge par le cours de l'action Genzyme, qui évoluait autour de ce seuil jeudi en fin de journée. « Ils vont probablement devoir relever leur proposition pour l'emporter », estime cependant Vincent Genet, directeur de l'activité santé au sein de la société de conseil Alcimed. Sanofi en a les moyens. Au premier semestre, il a généré 4,2 milliards d'euros de flux de trésorerie opérationnelle.Sanofi a surtout agréablement surpris en publiant des résultats supérieurs aux attentes. Au deuxième trimestre, les ventes ont crû de 4,6 %, à 7,8 milliards d'euros, tandis que le bénéfice net progressait de 7,6 % (en publié) à 2,5 milliards. Durement touchés par la générification de l'anticoagulant Lovenox, pour lequel le suisse Sandoz vient d'obtenir le droit de commercialiser une « copie » outre-Atlantique, les dirigeants ont réitéré leur objectif de chiffre d'affaires et de bénéfice pour 2013, prévu pour être équivalents à 2008. En revanche, cette année, le bénéfice net par action reculera « de 0 à 4 % » à taux de change constant. Cette perspective paraît pessimiste au regard de la hausse de 10,1 % enregistrée au premier semestre. Mais les dégâts causés par « la falaise des brevets » sont bien là. Sur ces six mois, Sanofi a perdu 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires à forte marge, celui de ses « blockbusters » Eloxatine, Plavix et Allegra, à cause de la concurrence des génériques. L'aubaine des pays émergentsEn Europe de l'Ouest et aux États-Unis, l'érosion des ventes se poursuit : elles ont reculé de 7 % à taux de change constant. À l'inverse, les pays émergents, désormais comptabilisés séparément dans les comptes du groupe, tiennent une place croissante. Ils ont représenté 29 % des ventes au deuxième trimestre (2,3 milliards d'euros), en hausse de 13 %. Une aubaine pour le laboratoire : ils contribuent à la hausse des revenus, mais aussi à celle des profits. « La marge opérationnelle des pays émergents a beau être inférieure d'environ 10 points à la moyenne du groupe, elle est, selon nous, similaire à celle de l'Europe (27 % environ). En Chine, elle atteindrait même 30 % », détaille Philippe Lanone, analyste chez Natixis. Ces performances tiennent à la nature du modèle de coûts du secteur pharmaceutique : « Dans ces pays, Sanofi bénéficie de coûts de production moins élevés. Les médicaments, souvent plus anciens, sont aussi ceux pour lesquels les frais de R&D sont déjà amortis », complète l'expert. Une stratégie de hausse des marges dans les émergents que Genzyme viendrait compléter avantageusement. « L'acquisition du groupe, avec ses médicaments orphelins vendus à prix élevés, permettrait de pérenniser le potentiel de marges dans les pays développés », estime Vincent Genet.

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