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La drôle de campagne de Martine Aubry

La Tribune

Publié le 30 octobre 2009 à 00:45 - Mis à jour le 30 octobre 2009 à 00:45

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13 juin 2026

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Martine Aubry fêtera donc son premier anniversaire rue de Solferino. Les circonstances de son élection, la majorité improbable formée autour d'elle contre Ségolène Royal, les nuits sans étoiles du congrès de Reims et du vote pour le poste de premier secrétaire ont marqué l'opinion. Elle le sait. Les électeurs de gauche ont d'ailleurs « puni » les socialistes aux européennes en portant en masse leurs suffrages sur les listes Europe Écologie. « Les Français nous ont dit ce qu'ils pensaient de nous, c'est vrai qu'on donnait une image calamiteuse », explique Martine Aubry, avant de confier qu'elle « s'attendait » au score piteux des listes socialistes le 7 juin. Aujourd'hui, la patronne du PS veut refermer la page. Même si elle se dit « blindée » depuis la bataille pour la mairie de Lille, en 2001, Martine Aubry a été « blessée » par les attaques contenues dans le livre «?Hold-uPS, arnaques et trahisons?»?(*) sur les fraudes présumées lors de son élection. Elle se réserve toujours la possibilité d'une contre-offensive. Mais sans en dire plus sur le «?modus operandi?».Car la première secrétaire du PS veut déjà penser à la suite, c'est-à-dire à une éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2012. Depuis onze mois, Martine Aubry vivait entre les murs du Parti socialiste et ceux de sa mairie à Lille. Ces dernières semaines, elle en est sortie. Pour entamer un « tour de France du projet », une sorte d'exercice de démocratie participative sur les attentes des Français. « Enfin », soupirent certains de ses amis, qui commençaient à se demander si la première secrétaire du principal parti d'opposition ne prenait pas les choses à l'envers, en négligeant grandement visites sur le terrain et expression publique.Au risque parfois d'être en décalage complet avec l'actualité. Cette semaine, par exemple, Martine Aubry était en Chine au moment où Nicolas Sarkozy et Éric Besson décidaient d'exhumer le débat sur l'identité nationale, sur fond de progression de l'extrême droite dans les sondages. Du coup, on a davantage entendu Dominique de Villepin que la patronne du PS? « On se plaignait d'une cacophonie, d'une polyphonie et, maintenant, on est aphone ! » déplore une élue du parti, qui n'en revient pas de voir l'ancien Premier ministre UMP sacré meilleur opposant au chef de l'État dans un sondage.Dans le TGV qui l'emmenait à Grenoble la semaine dernière, Martine Aubry défendait cette stratégie, qui implique à ses yeux un certain « rejet de la médiatisation ». « Je ne suis pas structurée pour les petites phrases mais les gens savent que le boulot, je le fais », affirme-t-elle. « Je remets du collectif, je remets du ciment partout. »Martine Aubry ne modifiera pas son cap. Elle juge que « la rénovation du parti est un très beau challenge » car « on ne peut pas produire un projet si on ne s'est pas profondément renouvel頻. Pour elle, les socialistes ont commis cette erreur lors des années Jospin. « J'ai très mal vécu 2002. Il y avait eu un travail formidable avant 1997, on avait élaboré un programme fantastique. En 2000, on aurait dû changer d'équipe pour préparer un nouveau projet... » En creux, toujours, la critique de son prédécesseur, François Hollande, le cadet souriant porté à la tête du PS par Lionel Jospin il y a douze ans. Comme lorsqu'elle explique, à rebours du député de Corrèze, que l'élection présidentielle de 2012 ne se jouera pas « sur quatre ou cinq propositions phares mais sur un projet de sociét頻. « C'est une élection qui se jouera sur le sens », insiste-t-elle alors que François Hollande pronostique un choc frontal avec la droite sur la fiscalité et la sortie de crise.L'élection présidentielle, Martine Aubry y pense, sans en parler jamais. « Je me poserai cette question le moment venu. C'est beaucoup trop tôt. Personne ne sait où nous en serons alors. Si la réponse est négative, je soutiendrai celui que je considérerai comme le mieux placé pour porter notre projet », expliquait-elle mi-octobre dans « Le Figaro ». Les rumeurs sur sa démission qui couraient début octobre rue de Solferino ne seraient d'ailleurs nées que de ses interrogations publiques au sein du PS sur la meilleure stratégie à suivre pour entrer et rester dans la course. « Elle ne peut pas être juge et partie, rester première secrétaire et organiser les primaires. Donc elle devra partir après avoir réorganisé la direction pour garantir l'impartialité de l'appareil. Sans doute après les régionales », explique l'un de ses proches.Martine Aubry admet qu'elle a parfois des coups de « spleen », comme en juillet au lendemain des européennes. Diriger un parti devenu bateau ivre au fil des défaites est compliqué. Mais, à en croire le porte-parole du PS, Benoît Hamon, qui a travaillé à ses côtés lorsqu'elle était ministre de Lionel Jospin, la première secrétaire n'est pas vraiment du genre à céder le gouvernail sur un coup de tête : « Une chose est sûre avec Aubry, c'est que dans la bagarre et dans l'adversité, cette femme ne tombe jamais. » Tiens, comme Ségolène Royal ?Comme l'ex-candidate à la présidentielle de 2007, Martine Aubry répugne à se laisser enfermer dans « un duel de dames ». « Nous sommes tellement différentes avec Ségolène, mais différentes dans notre façon de faire de la politique. Tout le monde s'est focalisé sur Ségolène Royal lors du congrès de Reims mais il y avait plein d'autres problèmes ! » lance la maire de Lille. Avant de retomber dans l'ornière dont elle jurait vouloir sortir en déclarant lors de sa conférence de presse à Grenoble qu'elle ne veut pas se retrouver dans son « bain, en photos dans ?Paris Match? ». « Je ne mets pas ma famille au premier plan, je suis totalement ringarde et je le reste, voil࠻, ajoutait-elle.Pour Martine Aubry, comme pour Ségolène Royal, la route vers une candidature en 2012 passe par une victoire aux régionales de mars. Comme en 2004, année où culmina la contestation contre Jean-Pierre Raffarin, la gauche pourrait bénéficier du climat politique au printemps prochain. Mais elle détient déjà 20 des 22 régions métropolitaines et renouveler l'exploit tiendrait du miracle. Et ce, d'autant plus que « la maison commune » de la gauche voulue par Martine Aubry en reste pour le moment au stade de « l'appartement témoin », selon l'expression de François Hollande.La première secrétaire du PS a tenu, il y a deux semaines, à Paris la première réunion de cette gauche « plurielle » nouvelle formule dans laquelle on retrouve les Verts, les communistes, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon? Mais pas le Modem. Jean-Luc Bennhamias, vice-président du parti centriste, s'est amusé de voir Martine Aubry « inventer les réunions de ceux qui se tiennent chaud, mais, qui, au final, partiront en autonome chacun de leur côté aux régionales? » À l'UMP, on espère avec gourmandise que la timide stratégie d'union de la maire de Lille fera un flop en mars.Martine Aubry se veut, elle, « optimiste ». « Nous devons nous fixer pour objectif de garder toutes les régions à gauche car les Français en ont besoin », affirme la première secrétaire du PS, qui entend bien souligner que « les régions ont assuré le plus gros plan de relance contre la crise actuelle ». Bien sûr, la maire de Lille s'attend à des « peaux de banane », sachant qu'il y en a « un ou deux qui préféreraient qu'on perde ». Et, bien sûr, elle ne donne pas de noms. Mais elle doit déjà contourner la méfiance des barons locaux du parti qui ne veulent guère voir la direction intervenir dans leur campagne et préfèrent « décliner localement » leurs propositions. Une fois passées les régionales, la première secrétaire du PS devra ouvrir le chantier des primaires. « Il s'agira d'abord de dire qui peut voter et ensuite qui peut être candidat. » Une convention aura lieu en juin, après les régionales. Martine Aubry la présente déjà comme devant déboucher sur « une transformation majeure du Parti socialiste, sans doute la plus importante depuis Épinay »? Épinay, en 1971, fut le congrès de la refondation du PS et de l'accession à sa tête? de François Mitterrand, père des victoires futures aux présidentielles de 1981 et 1988. n(*) Karim Rissouli et Antonin André, Éditions du Moment.« Je ne suis pas structurée pour les petites phrases mais les gens savent que, le boulot, je le fais. Je remets du collectif, je remets du ciment partout. »

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