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Google contre les éditeurs de presse: au bal des hypocrites

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Publié le 29 octobre 2012 à 22:03 - Mis à jour le 29 octobre 2012 à 22:03

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Faut-il faire payer Google pour sauver la presse? L\'Etat a-t-il raison de vouloir donner gain de cause aux patrons de presse qui réclament une rémunération pour l\'indexation de leur contenu par le moteur de recherche?Depuis plusieurs semaines, et encore ce week-end dans les pages de Libération, nouveaux acteurs et vieux acteurs de la presse en ligne s\'affrontent. Alors que Google, en mesure de représailles, menace de ne plus référencer la presse, tollé chez les éditeurs: ils crient à la censure, tout en disant qu\'il s\'en fiche puisqu\'au Brésil, ils s\'en sont bien passés, eux...Bref, on l\'aura compris, cette bataille d\'arguments cache beaucoup d\'hypocrisie de part et d\'autre...Petite désintox en huit points :1. Google ne gagne pas d\'argent avec Google Actualités. C\'est une erreur que tout le monde, ou presque, fait depuis des années: le site d\'actualités de Google n\'affiche aucune publicité. Il fait d\'ailleurs finalement assez peu de trafic comparé à ses détracteurs (3,4 millions de visiteurs uniques Nielsen en juillet dernier) et en ramène directement peu aux médias.En fait, c\'est uniquement sur les résultats du moteur de recherche que Google déploie ses publicités. Or, en haut des résultats de recherche, Google affiche presque systématiquement les résultats de Google Actualités. C\'est d\'ailleurs de là que vient l\'essentiel trafic issu de \"Google Actualités\" vers les médias, qui se battent pour être les premiers indexés.Sauf que Google affiche assez rarement des publicités sur les requêtes liées à l\'actualité dans sa page de résultats de recherches. J\'ai fait le test sur les 10 premières requêtes liées à l\'actualité sur Google, je n\'ai vu aucune publicité s\'afficher. Sauf une sur la requête \"ligue des champions\": et c\'était une pub commandée par un média.Alors où est la captation de valeur dont on parle? Essayons de creuser le sujet...2. Ce n\'est pas une taxe que le gouvernement veut instaurer, mais un nouveau droit pour la presse.Lorsque l\'on lit en détail le texte de la proposition de loi, on se rend compte qu\'il s\'agit d\'un \"droit voisin\" des droits d\'auteurs qui étend la rémunération au titre de la propriété intellectuelle aux liens hypertextes. Le texte va donc assez loin: produire un lien permettant d\'accéder à un contenu est assimilé à sa reproduction et vaut donc rémunération. Le texte précise tout de même que le droit à rémunération n\'est ouvert que lorsque le lien a été produit par une personne \"ayant pour activité principale un service de référencement sur Internet ou l\'exploitation d\'un moteur de recherche\". Bref, on vise directement Google sans se préoccuper de donner de la cohérence au modèle: qu\'est-ce qui justifie la rémunération? La création d\'un lien? C\'est intenable. Ou le fait d\'être un moteur de recherche? Le projet de loi a tranché: c\'est l\'activité de référencement qui est en cause. Pourquoi? Pas de réponse. On aura juste compris que la loi visait Google. C\'est un bon motif de retoquage devant le conseil constitutionnel...3. L\'argument des éditeurs de presse est ambigu. Dans son billet, Philippe Jannet, patron d\'e-Presse, tente d\'emmener le débat sur un autre registre que celui, plus marécageux, de la \"link economy\" (économie du lien): Ce n\'est pas le fait de produire des liens qui justifie la rémunération des sources. Selon lui, c\'est en partie grâce à l\'indexation des contenus de la presse que Google améliore ses algorithmes sémantiques.Vendre l\'indexation de ses contenus, c\'est un peu ce que fait Twitter, qui fait payer l\'utilisation de son flux aux agences ou services en ligne qui veulent l\'exploiter.Mais pour faire comme Twitter, la presse devrait accepter de se dé-référencer pour empêcher les moteurs de recherche qui ne paient pas d\'indexer ses contenus. C\'est possible techniquement, mais impossible sur un plan marketing. Elle y perdrait trop, même si elle affirme le contraire en citant le Brésil.Quoi qu\'il en soit, même si l\'on voulait s\'en tenir à cette justification (Google capte de la valeur donc doit payer), il faudrait d\'abord chiffrer cette captation de valeur (combien Google perdrait d\'argent si elle ne référençait plus la presse en ligne? Pas beaucoup, Google brassant des milliards d\'informations..) mais aussi définir clairement les personnes concernées par cette captation. Sans favoritisme. La presse n\'a plus le monopole de l\'information depuis longtemps (même si elle en produit l\'essentiel des contenus bruts), encore moins celui de la valeur ajoutée sur l\'information. Il faudrait ouvrir donc ce droit à toute personne physique ou morale créant de la valeur autour de l\'information. Beaucoup plus compliqué, ces derniers sont légion.Mais si l\'on pousse la logique gouvernementale jusqu\'au bout, il n\'y a pas de raison de plus privilégier la presse que les autres apporteurs de valeur. Est-ce que le site d\'Europe 1, qui produit des infos \"écrites\", c\'est de la presse écrite? Et les blogs?En tant que blogueur analyste, comme des milliers d\'autres producteurs, j\'apporte aussi de la valeur à Google. Mais Google m\'en amène également. Google a fait émerger de nombreuses voix nouvelles face à une presse monolitique et participé aussi à la démocratisation de l\'information. Si l\'on veut avancer l\'argument de l\'apport de valeur, il faut faire le calcul dans les deux sens.4. On peut comprendre les motivations des éditeurs...Les éditeurs de presse ne sont pas les seuls à se lancer dans des batailles juridiques sur les droits. C\'est un lobbying qui fait appel à beaucoup de mauvaise foi, mais c\'est souvent le cas dans ce genre de bras de fer. S\'il y a un peu d\'argent à récupérer, pourquoi ne pas attaquer?Dans ce cas, ils pourraient aussi s\'en prendre aux fournisseurs d\'accès à Internet : 20 à 30% des Français utilisent Internet pour lire la presse.Sur Internet, ce sont les founisseurs des tuyaux qui se sont enrichis. Les producteurs de contenus cherchent encore leur modèle. Mais le lobbying et les subventions sont-ils un modèle d\'affaires? A court terme, oui. Mais après?5. ...mais ce n\'est pas le vrai combat.La France est l\'un des pays où la presse est la plus subventionnée. Ajouter un nouveau coup de pouce de l\'Etat alors que ce dernier reverse déjà plus d\'un milliard d\'euros à la presse écrite papier, soit 11% de son chiffre d\'affaires, ce n\'est bon ni pour l\'indépendance de la presse, ni pour accélérer sa restructuration nécessaire. Les ateliers des Etats Généraux de la Presse (auxquels j\'ai participé) ont été pollués par ces aides: tout le monde cherchait à récupérer le plus d\'aides possibles sans vraiment débattre des solutions de mutation.La presse écrite a besoin de trouver un nouveau modèle, mais ce n\'est pas Internet qui est à l\'origine de son déclin. En France, la chute des ventes a commencé après la deuxième guerre mondiale. Et la presse nationale d\'info généraliste n\'a, à quelques exceptions près, jamais gagné d\'argent sur son média d\'info. Le chiffre d\'affaires vient généralement des verticaux ou de la diversification.L\'affaire n\'est pas enterrée. Trouver un modèle d\'affaires demande de profondes resructurations et la mise en place de mécaniques mixtes. Il y a, aux Etats Unis surtout, des médias généralistes de qualité qui gagnent de l\'argent, comme le site Politico (qui est un pure-player d\'informations politiques avec une édition papier) et The Atlantic (qui est un magazine papier d\'analyses avec un site Internet qui a sur faire sa révolution).6. La presse a besoin de Google. Lorsque l\'on analyse les pistes de croissance d\'un média, Google apparait presque toujours sur la liste. Améliorer le référencement d\'un média lui permet de capter une nouvelle audience, notamment parmi les plus jeunes qui se sont détournés de la presse écrite et n\'y trouvent plus guère d\'intérêt.7. La guerre contre Internet est déjà perdue.Le règne de Google est déjà derrière elle. Après les moteurs de recherche, viennent les réseaux sociaux. De plus en plus, les nouvelles générations ont accès à l\'information via les réseaux sociaux (+ de 20% du trafic du dernier média que j\'ai lancé, Le Lab d\'Europe 1). Et là, beaucoup plus difficile d\'attaquer, même avec beaucoup de mauvaise foi: ce n\'est pas Facebook, ni Twitter, qui indexent, mais les internautes. Faudra-t-il créer une loi pour taxer les internautes?8. En fait, la guerre contre Google est ailleurs.Le fait que Google indexe la presse, parmi les millions de sources qu\'elle référence est un micro problème. Ce qui préoccupe plus le gouvernement, c\'est qu\'elle ne déclare pas l\'intégralité de son chiffre d\'affaires réalisé sur le territoire. Sur 1 milliard estimé, Google ne déclare que quelques millions d\'euros grâce à un système (visiblement légal) de sociétés multiples.Une guerre en cache donc une autre. En resserrant la pression de toutes parts sur Google, l\'Etat cherche aussi à faire céder le géant américain. On verra ce que donnera la rencontre entre le président exécutif de Google et François Hollande aujourd\'hui. par Benoît Raphaël, créateur de médias sociaux, président de Trendsboard

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