« La situation est catastrophique »

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dominique lapierre, écrivainCoauteur, avec Javier Moro, de « Il était minuit cinq à Bhopal », l'auteur de « la Cité de la joie » affirme dans une interview à « La Tribune » que les autorités indiennes aimeraient bien que l'on ne parle plus de la tragédie.Vous serez le 3 décembre à Bhopal pour l'anniversaire de la tragédie. Pourquoi ?Parce que cette tragédie est très présente dans mon c?ur. Je lui ai consacré un livre, « Il était minuit cinq à Bhopal », qui s'est vendu dans le monde à quatre millions d'exemplaires. Je me suis attaché aux survivants et, avec les droits d'auteur de ce livre, j'ai construit une clinique sur place pour les aider.Comment décririez-vous la situation vingt-cinq ans après ?Comme catastrophique. En vingt-cinq ans, les autorités n'ont pas accepté de nettoyer le site, qui est toujours encombré de centaines de tonnes d'effluents toxiques. Ce qui pollue les nappes phréatiques, qui sont les seuls accès à l'eau des gens qui vivent autour de l'usine. Vingt-cinq ans après, des enfants mal formés continuent de naître, des femmes continuent à être atteintes de cancers variés, notamment de l'utérus. Ensuite, beaucoup de ces survivants n'ont toujours pas reçu les compensations financières auxquelles ils avaient droit. Alors, tout ce que l'on peut faire pour les soutenir est légitime. Quand j'ai reçu il y a un an la plus haute décoration indienne donnée à un étranger, j'ai imploré le Premier ministre, Manmohan Singh, de faire quelque chose pour les survivants. Il m'a répondu qu'il allait s'en occuper, ce qu'il a fait. Il a nommé une commission mais malheureusement comme souvent, les travaux de cette commission se sont dilués? Le gouvernement ne s'est pas suffisamment saisi du problème, pas assez efficacement.Comment expliquez-vous l'attitude des autorités indiennes ?Elles aimeraient bien que l'on ne parle plus de la catastrophe de Bhopal. Elles voudraient que d'autres industries étrangères viennent s'implanter en Inde et cette tragédie donne une mauvaise image. En outre, le problème est compliqué par le fait qu'Union Carbide a été racheté par Dow Chemical, qui a plusieurs installations en Inde, et qui dit n'avoir rien à voir avec cette catastrophe. Pour ne pas froisser cette société américaine, les autorités indiennes ne font rien. Le résultat, c'est que l'on a repoussé d'année en année un règlement final. Et l'argent versé par Union Carbide a été distribué plus ou moins bien?Ces indemnités d'Union Carbide n'étaient-elles pas censées traiter le problème ?Cela aurait pu le traiter si les véritables ayants droit avaient reçu leur part de cette somme. Or cela n'a pas été le cas. Mais bien des gens, qui n'avaient pas été touchés directement par la catastrophe, qui habitent par exemple sur les hauteurs de la ville et qui n'ont pas été atteints par les gaz, ont reçu des indemnités parce qu'ils ont de l'influence ou de bons avocats.Qu'est-ce qui s'oppose selon vous à une dépollution active du site ?Le coût de l'opération. Si Dow Chemical acceptait de procéder à cette dépollution, il faudrait sans doute qu'elle le fasse ailleurs ce qui lui coûterait fort cher, car l'entreprise est responsable entre autres de l'invention de l'agent Orange qui a détruit les forêts du Vietnam et d'autres endroits de la Terre?Propos recueillis par P. de J.

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