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La Russie s'épanouit dans les Bric

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Publié le 30 mai 2010 à 21:21 - Mis à jour le 30 mai 2010 à 21:21

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Le 25e sommet entre l'Union européenne (UE) et la Russie s'ouvre aujourd'hui à Rostov-sur-le-Don. La routine de ces rencontres masque mal un changement d'atmosphère dont les Européens n'ont pas forcément conscience. Depuis plus de deux ans, les deux parties négocient un nouvel accord-cadre, qui bute sur le régime des visas, le transit énergétique ou le voisinage commun avec, pour toile de fond, des interrogations sur la sécurité européenne. Seul membre du G20 absent de l'OMC, la Russie promeut une union douanière avec le Kazakhstan et la Biélorussie. Pour Bruxelles, il s'agit de subordonner le nouvel accord à l'accession de Moscou à l'OMC. Pour Moscou, il s'agit de promouvoir une vision du monde qui relativise l'Europe.Le dilemme historique de la Russie - comment se rapprocher de l'Europe, tout en préservant son identité ? - change donc de nature. Historiquement, il s'expliquait par la centralité de l'Europe dans les affaires du monde. Or, celle-ci se modifie avec le glissement rapide du système-monde vers l'Asie-Pacifique. Dans le discours, la Russie mise sur l'avènement rapide des émergents parmi lesquels elle se range. Cependant, l'UE reste de loin son premier partenaire commercial avec plus de 55 % de ses échanges extérieurs. En d'autres termes, cette dernière est nécessaire économiquement, mais insuffisante politiquement. L'importance qui lui est désormais accordée varie en fonction de cinq facteurs : les équilibres stratégiques globaux, la géopolitique mondiale de l'énergie, les relations de sécurité avec la sphère dite d'« intérêts privilégiés », la relation commerciale avec l'UE et les relations au sein des Bric. Paradoxalement, la Russie anticipe une marginalisation de l'Europe des affaires mondiales, tout en sachant que son propre degré de marginalisation dépend, en grande partie, du partenariat qu'elle parviendra à nouer avec elle.Avec de notables nuances, les élites russes rejettent de plus en plus ouvertement l'équation entre économie de marché et démocratisation politique, coeur de l'argumentaire européen. Elles s'emploient à déconstruire le pouvoir normatif de l'UE. Souvent présentée comme pragmatique, la politique russe envers cette dernière comporte une charge idéologique, qui varie au gré des circonstances. La Russie se présente comme un pays normal pour ne plus être l'objet de la condescendance européenne. Ce positionnement limite l'assimilation de la norme européenne, et permet, au contraire, de discuter, au cas par cas, son élaboration. En recourant au relativisme, Moscou dénonce les « doubles standards », tout en érodant le capital symbolique de l'Europe.Avec une récession de 8,5 %, la Russie n'a pas été épargnée en 2009. Son économie a subi la baisse du brut et le ralentissement de l'activité en Europe. La viabilité de son modèle économique ne convainc guère, d'autant que la stagnation semble l'emporter sur l'esprit de réforme. Pour apparaître comme un émergent, la Russie se présente volontiers comme un des Bric, groupe dont le poids économique commence à se traduire en influence politique. Des voix influentes, comme celle de Nouriel Roubini, dénoncent une forme d'imposture dans cette association soulignant les faiblesses structurelles, notamment démographiques, de la Russie.Quoi qu'on en pense, force est de constater que ce positionnement global renforce le pouvoir de négociation de la Russie vis-à-vis d'Européens en quête de modèle, de leadership et surtout d'ambition. Moscou retrouve le chemin de la croissance et obtient des succès diplomatiques : traité Start avec Washington, rapprochement avec Varsovie, accord avec Oslo sur la mer de Barents. En Ukraine, la Russie s'est engouffrée dans le vide politique laissé par une UE, incapable de penser son voisinage.Ce changement d'atmosphère traduit au final une modification du rapport de force au bénéfice de la Russie. Cela devrait conduire l'UE à reconfigurer son logiciel sur la Russie. Cela devrait encourager la Russie à pousser son avantage, au risque d'oublier sa propre vulnérabilité. En réalité, la crise économique pourrait bien avoir, dans les deux cas, de fortes répercussions politiques, ainsi qu'un affaiblissement géopolitique des deux parties. Au regard de l'urgence, l'UE et la Russie ne peuvent tout simplement plus s'offrir le luxe de tensions supplémentaires. nPoint de vue Thomas Gomart Directeur du centre Russie/Nei de l'If

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