Présidents au tribunal

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éditosAvis aux touristes visitant Paris : si vous voulez apercevoir le chef de l'État, vous pouvez arpenter la rue du Faubourg-Saint-Honoré, où se trouve le palais de l'Élysée, et guetter les allées et venues présidentielles. Mais vous pouvez également vous rendre au tribunal le plus proche. En débarquant à l'improviste dans une salle d'audience, on a désormais une chance non négligeable de se cogner à un président de la République. Qu'il soit en exercice et partie civile, comme Nicolas Sarkozy poursuivant Dominique de Villepin dans l'affaire Clear­stream. Ou qu'il soit à la retraite politique et accusé, tel Jacques Chirac dans l'affaire des emplois réputés fictifs de la mairie de Paris. Seul le président Giscard d'Estaing se tient à l'écart, préférant l'écritoire au prétoire. Les naïfs se féliciteront de ce que les dieux descendent de leur Olympe et affrontent les épreuves des simples mortels. Après tout, le chef de l'État n'est-il pas un individu comme les autres, comme Nicolas Sarkozy s'ingénie à le démontrer par ses foucades et ses excès de langage ? Pour être élu, on n'en est pas moins homme. Les autres se remémoreront Flaubert : « Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains. » C'est le propre des idoles ? ou plutôt des symboles, lorsqu'il s'agit de l'État et de la communauté nationale ? que d'incarner des valeurs qui les dépassent. Au tribunal aussi, le président de la République est dépositaire de l'identité nationale. Ces temps-ci, le spectacle est triste : l'un accuse, avide de vengeance personnelle, et l'autre subit une humiliation déplacée et dérangeante, victime d'une procédure qui court comme un canard sans tête depuis des années. Entendons-nous bien. La présidence de Jacques Chirac a vu une longue série d'occasions manquées et de renoncements. Mais il ne s'agit pas de juger ici son action politique. Et l'homme a su incarner la France avec grandeur ? qui ne se souvient du beau discours du Vel' d'Hiv, en juillet 1995, justement sur l'identité nationale, qui rend particulièrement inconvenant le rapprochement fait aujourd'hui avec le maréchal Pétain, traduit, lui, devant la Haute Cour de justice à la Libération. En malmenant Jacques Chirac pour des faits secondaires, datant d'une époque où les pratiques du monde politique étaient sensiblement différentes de celles d'aujourd'hui, la justice ne s'honore pas. Au lendemain du procès, tous les Français auront de la dorure sur les mains. flenglet@latribune.fr françois Lenglet

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