Les dessous de l’«exfiltration pacifique» de Yahya Jammeh

La Tribune Afrique

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Finalement, il aura fallu étendre l'ultimatum de près de 48H avant de voir Yahya Jammeh enfin fouler le tarmac de l'aéroport de Banjul pour quitter le pays et céder le pouvoir au Président élu, Adama Barrow. La veille au soir, Jammeh était apparu à la télévision publique pour affirmer qu'il allait quitter le pouvoir, « de son plein gré, et au nom des intérêts supérieurs du peuple gambien ». Toutefois, selon des informations exclusives obtenues par La Tribune Afrique, la journée du samedi a été épuisante pour les négociateurs désignés, le Président Guinéen Alpha Condé et le mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz.
Alors que les conditions du départ de Jammeh avaient été acceptées par l'ensemble des parties avant la déclaration télévisuelle, le fantasque Président a voulu renégocier certains termes de l'accord avant de quitter la terre gambienne. Officiellement, la journée du samedi est donc accordée à l'ancien autocrate pour « faire ses bagages », mais dans les coulisses, la nervosité gagne les négociateurs au fur et à mesure que Jammeh étend sa liste de revendications. Son départ semble de plus en plus incertain et il faudra qu'Alpha Condé déroule tout son entregent pour permettre un dénouement heureux.
La requête première a trait à la « sécurisation » d'un revenu pour Jammeh et sa famille, ainsi que d'un point de chute définitif pour lui et son entourage. En début d'après-midi du samedi, aucune destination n'est encore choisie parmi la Guinée, la Mauritanie ou le Maroc. En outre, Jammeh réclame qu'un statut « diplomatique » lui garantissant l'immunité contre toutes poursuites lui soit octroyé quelle que soit sa destination d'exil. Finalement, la question de la rémunération et du point de chute sera réglée en faisant appel au président Equato-Guinéen, Teodoro Nguema Obiang, qui fera office dans le deal de banquier et de terre d'accueil temporaire.
Ce premier écueil franchi, reste la validation du communiqué conjoint de l'ONU, l'Union Africaine et d'ECOWAS, dont Jammeh discute chaque mot et chaque virgule. Pour lui, ce document issu de ces organisations internationales et multilatérales constitue une « assurance vie » gravée dans le marbre qui lui permettrait de pouvoir s'assurer une sortie dotée d'une armure écrite, bien que le document n'aie pas de valeur juridique. Malgré de nombreuses réticences, notamment de la part des instances onusiennes, y sont insérés deux paragraphes garantissant l'intégrité physique, la sécurité, le statut ainsi que la « dignité » du Président déchu, de sa famille immédiate, mais également de ses soutiens et loyalistes demeurés au pays. Egalement, le document garanti que tous les biens « légitimes » de Jammeh ne sauraient être saisis, et qu'il lui est permis de retourner au pays ultérieurement.
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Enfin, en milieu d'après-midi, ne restait plus qu'à gérer la question de l'avion. Prévoyants, les négociateurs avaient affrétés un Falcon 900 DX venu spécialement d'Allemagne afin de transporter Jammeh et sa famille. Ce dernier attend sur le tarmac de Banjul avec son équipage. Sauf que le dictateur pinaille, il trouve l'avion « trop petit » et ne lui permettant pas d'emmener toutes ses affaires ainsi que sa famille étendue. Une ultime mise sous pression est alors effectuée sur Jammeh, mais ce dernier tarde à répondre. Puis, peu à peu, les choses se décantent, et le Président ainsi que son entourage prennent place à bord d'un cortège impressionnant en direction de l'aéroport. Jammeh embarque à bord de son véhicule préféré, une Bentley Continental. Une foule éparse de ses supporters inconditionnels est amassée aux abords du tarmac alors que l'Homme drapé de son inévitable boubou blanc s'avance sur la passerelle, un coran à la main et les salue. Quelques instants après, l'avion décolle, une nouvelle page de l'histoire de la Gambie vient de s'ouvrir.
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