« C'est clair que la banque (Banque internationale pour l'Afrique au Congo- BIAC) n'allait pas très bien, mais ce n'est pas forcément une affaire d'argent, mais avant tout une affaire politique et d'ego », confie à la Tribune Afrique une source proche du dossier qui requiert l'anonymat.
La crise de la BIAC fait l'actualité financière en RDC depuis le début de cette année. Plus le temps passe, plus les chances d'un sauvetage semblent s'effriter. Les actionnaires jettent l'éponge, mais la Banque centrale persiste dans un certain optimisme.
Alors que la famille Blattner -l'une des plus puissantes en RDC et actionnaire majoritaire de la BIAC- révélaient le 8 novembre dernier sa décision de liquider l'établissement, la BCC s'y est opposée par voie de communiqué, estimant que mise sous administration provisoire, la BIAC ne pouvait être liquidée par personne, « y compris les actionnaires ou le tribunal du Commerce ».
La Banque centrale a également annoncé une reprise incessante par des Chinois. Il s'agirait d'un groupe bancaire nouvellement implanté à Kinshasa. Cependant, les annonces répétées de potentiels repreneurs restées sans suite laissent dubitatif quant à cette issue. D'autant plus que les difficultés de la BIAC sont énormes financièrement parlant. Rien que sa dette envers la Banque centrale s'élève à plus de 150 millions de francs congolais (140 millions de dollars US). « Mais de l'autre côté, la BIAC a également prêté énormément d'argent à l'Etat congolais », relève notre source.
Et malgré la communication de la BCC, les actionnaires de la BIAC ont à nouveau communiqué lundi pour dire que la Banque centrale est tenue de valider la liquidation de leur banque en agréant un liquidateur. Un véritable bras de fer.
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Cette crise qui s'éternise au détriment des 400 000 épargnants congolais [PME et particuliers] fait couler beaucoup d'encre depuis, laissant émerger de multiples analyses et les rumeurs les plus folles. Mais selon notre source proche dossier, au-delà d'une histoire de billet vert, la crise trouverait en partie sa source dans la gestion de la BIAC par la famille Blattner. A la tête du clan en RDC, deux frères, Michael et Eldwin.
Le premier détient Ital Motors, un concessionnaire de camions, tandis que le deuxième « (actionnaire de la BIAC) a énormément de business en RDC et ce, dans tous les domaines. Et certaines de ses entreprises ne vont pas très bien ». « Dans ce contexte, la BIAC a servi pour la trésorerie de plusieurs sociétés de la famille Blattner, notamment celle d'Ital Motors et je sais par exemple qu'à la BIAC, cette société avait un encours d'1 millions de dollars », confie notre source, soulignant que la somme est « énorme » dans ce pays où 8 habitants sur 10 vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2015, selon un rapport du FMI.
Toujours d'après notre source, la situation part en dissidence lorsque début 2016, suite à la mise sous administration provisoire, l'équipe dirigeante de la BIAC est renouvelée. La presse nationale avait alors annoncé la démission de Michel Losembe du poste de directeur général de la BIAC. « Mais c'était déguisé. En réalité c'est la BCC qui réclamait le départ de Losembe. En échange celui-ci a reçu un gros chèque avec plus de six zéros en dollars US », confie notre source. Elle explique qu'un conflit « d'intérêt » depuis la nomination du gouverneur de la BCC en 2013 opposait ce dernier au directeur de la BIAC.
« Il y a deux ou trois ans, Michel Losembe voulait aussi être gouverneur de la Banque centrale du Congo. Mais la période ''assez rude'' entourant la désignation [par le président de la République] du nouveau gouvernement a créé beaucoup d'inimitiés entre Losembe et le gouverneur de la BCC, Deogratias Mutombo. Et ce dernier en voulait au directeur de la BIAC », explique notre source. De plus, son opposition dans une présumée histoire de népotisme aurait davantage affaibli ses assises. Un haut responsable gouvernemental aurait voulu « placer sa sœur à la BIAC, mais Losembe a refusé. C'est aussi un des éléments qui a joué en sa défaveur », relève la même source avant d'ajouter :
Au vue de l'évolution de ce dossier, plusieurs questions demeurent : Pourquoi le départ de l'ex-DG de la BIAC aurait été accompagné d'un chèque? Pourquoi s'il y a des repreneurs, les actionnaires persistent-ils à vouloir liquider l'entreprise? Jusqu'à quand le bras de fer persistera-t-il ? Qu'adviendra-t-il des épargnants constitués d'un grand nombre de petits portefeuilles ? Nous avons tenté en vain de joindre les différents protagonistes pour avoir leur version des faits. Mais dans un communiqué publié le 10 novembre dernier, la Banque centrale « invit[ait] les épargnants ayant des avoirs à la BIAC à la sérénité et au calme, en attendant l'aboutissement imminent du processus de résolution de crise sévissant au sein de cette banque, qui devra se solder impérativement par la sauvegarde de l'épargne public ».
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Interrogé par l'AFP quelques jours plus tôt, l'avocat de la BIAC, Me Pierre Okendembo, rejetait toute possibilité légale pour la BCC de s'opposer à la volonté des actionnaires. « L'administration provisoire de la BCC remplace les organes de gestion d'une banque en difficulté mais ne fait pas d'elle une actionnaire ou propriétaire de la banque qui est une société privée », arguait-il.
Depuis la dernière sortie médiatique des actionnaires lundi dernier, les deux parties sont restées silencieuses. Et notre source de conclure:
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