Le pétrole s'envole sur des craintes de propagation de la crise

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En bondissant jusqu'à 119,79 dollars, le baril de brent révèle les interrogations sur le Moyen-Orient, dont l'Arabie Saoudite.

«Quand la géopolitique du Moyen-Orient rattrape le marché du pétrole, les éléments fondamentaux de l'offre et la demande ne comptent plus ! » constatait ce jeudi Harry Tchilinguirian, responsable de la recherche sur le pétrole chez BNP Paribas. De fait, le sursaut du baril de brent qui a frôlé les 120 dollars, à 119,79 dollars jeudi matin, manifeste la nervosité des traders qui semblent jouer à se faire peur.

Si les approvisionnements en pétrole et en gaz de la Libye venaient à s'interrompre totalement, deux types de solutions pourraient répondre au manque d'offre : le recours aux stocks des pays membres de l'Agence Internationale de l'Énergie, ou une augmentation de l'activité de l'OPEP. « Mais ces décisions seront adoptées en fonction d'événements précis, et leur mise en oeuvre pourrait prendre du temps » reconnaît l'expert de BNP Paribas. S'il est donc normal que les événements en Libye tirent le marché à la hausse, l'envol des cours vers les 120 dollars traduit une angoisse plus profonde: celle de la contagion des révoltes.

Projections très haussières

Pour Jeffrey Curie, de Goldman Sachs, « les risques associés à une contagion supplémentaire sont nettement plus élevés qu'il y a quelques jours, parce que de nouveaux problèmes de production pourraient entraîner de vraies pénuries sur les marchés pétroliers ». En clair, si la planète peut se passer d'un producteur, elle peut difficilement en rayer plusieurs en même temps. « Si l'Arabie Saoudite voyait sa production entravée, le pétrole pourrait grimper jusqu'à 300 dollars ! » craint un expert. La contribution actuelle du royaume à la production quotidienne de la planète, soit 80 millions de barils, est de 10 %, à exacte parité avec les États-Unis et derrière la Russie, qui a extrait 10,2 millions de barils par jour en janvier. Mais le poids symbolique de l'Arabie Saoudite, qui détient les plus vastes réserves, est supérieur à sa part dans la production mondiale.

Des projections très haussières, mais aussi très disparates, commencent à refaire surface. Le japonais Nomura Securities envisage un baril de pétrole à 220 dollars, BNP Paribas a relevé ses prévisions à 117 dollars pour le brent au second trimestre. Plus modeste, le FMI a également relevé ses prévisions à la hausse de 5 dollars, pour atteindre un prix moyen par baril en 2011 de 94,75 dollars, toutes origines confondues. Car si les pics sont impressionants, « leur impact sur l'économie dépend de leur durabilité » rappelle David Horsnell chez Barclays Capital. Moins industrielles, plus numériques, les économies de l'OCDE, qui pèsent encore pour l'essentiel du PIB mondial, sont aujourd'hui moins exposées à la variation des cours du pétrole qu'il y a 30 ans, lors du dernier choc pétrolier.

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