La nouvelle donne en Côte d'Ivoire ne lève pas toutes les incertitudes sur le marché du cacao

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Après une chute libre de 25 %, les cours se sont repris ces derniers jours. Des inquiètudes apparaissent sur la prochaine récolte.

La chute du régime ivoirien a logiquement entraîné celle des cours du cacao. Les cours de la tonne ont sombré de 25 % depuis un plus haut à 2.396 livres sterling le 4 mars, alors que le cacao bloqué tout l'hiver en Côte d'Ivoire pouvait enfin sortir des frontières du pays. Le motif de spéculation s'étant brusquement tari, le nombre de contrats négociés sur le marché à terme avait brusquement diminué. Mais la tonne de cacao a rebondi de 4,3 % sur les deux dernières séances. Motif de ce rebond : un rapport commandité par un grand négociant sur l'état du parc de production en Côte d'Ivoire. Depuis plusieurs mois, les experts du cacao ne s'aventuraient plus en brousse pour cause d'insécurité. Certains y sont retournés, et ce qu'ils ont vu n'aurait rien d'engageant. Le manque de financement y est pour quelque chose. La fermeture de toutes les banques durant plusieurs mois a entravé l'achat de produits phytosanitaires par les fermiers. Entre une météo nettement moins clémente que l'année précédente, et l'instabilité politique qui a été à l'origine d'une raréfaction des soins aux cacaoyers, la production ivoirienne risque d'être moins bonne en 2011-2012 qu'en 2010-2011. Elle aurait atteint 1,34 million de tonnes pour la campagne écoulée selon les estimations de l'ICO, International Cocoa Organization. De l'autre côté de l'Atlantique, notamment au Brésil, une certaine inquiétude monte sur les fèves en cours de production, en raison de la prolifération d'un champignon sur les cacaoyers. « La situation de surplus dans laquelle se trouve le marché risque d'être de courte durée, ce qui pourrait inverser la tendance baissière actuelle », résume Eric Sivry, responsable des dérivés agricoles chez Marex Financial. Et dans l'immédiat, les échanges sur le marché physique ne reprennent que très lentement en Côte d'Ivoire. Cargill, un des premiers négociants sur la matière première, avait indiqué le 17 mai dernier que ses livraisons étaient sur le point de reprendre. Sur le terrain, la logistique est encore très désorganisée.

Projets gouvernementaux

Autre point d'interrogation, les projets du nouveau gouvernement concernant la filière ne sont pas encore totalement arrêtés. L'idée de réorganiser une société de gestion de la filière, semblable à la Caisse de stabilisation qui existait jusqu'en 1998 et achetait le cacao aux fermiers à un cours fixé à l'avance, semble faire son chemin, même si les experts sont divisés sur la nécessité d'une telle structure. La « Caisstab » du temps d'Houphouet-Boigny s'était transformée en caisse dans laquelle tous les ministres piochaient. « C'est une arme à double tranchant, elle pourrait certes apporter plus de transparence sur le marché ivoirien, mais le risque de corruption est aussi important » observe Éric Sivry.

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