Marché de la viande : dans le cochon tout n'est pas bon

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La population porcine mondiale, qui était stable à environ 800 millions de têtes avant la pandémie, chutait d'un quart avant de se rétablir fin 2020 pour revenir vers les 680 millions de têtes. La Chine, qui concentre plus de 50 % de la production mondiale, a perdu plus de la moitié de son cheptel.
La population porcine mondiale, qui était stable à environ 800 millions de têtes avant la pandémie, chutait d'un quart avant de se rétablir fin 2020 pour revenir vers les 680 millions de têtes. La Chine, qui concentre plus de 50 % de la production mondiale, a perdu plus de la moitié de son cheptel. (Crédits : Reuters)
CHRONIQUE. La pandémie du Covid-19 a pesé sur le marché international du porc, déjà touché depuis des décennies par le récurrence de la peste porcine dont un variant a été mis au jour début février en Chine, pays qui concentre à lui seul 50% du marché mondial de l'animal. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources » (*).

Chacun se souvient des ravages de la peste porcine qui s'est déclarée dans l'est de la Chine en août 2018 avant de contaminer l'ensemble du pays en avril 2019. Elle n'était qu'une étape d'une longue marche du virus.

Identifié au Kenya en 1921, il s'est propagé dans les années 1960 en Europe et aux Antilles avant d'être pratiquement mis de côté dans les années 1990.

En 2007, un deuxième génotype était repéré en Géorgie. Il circulait dans le Caucase et la Russie jusqu'en 2013. En 2014, il surgissait en Pologne, Ukraine et Biélorussie, il explosait dans les Etats baltes, puis, en 2017, il infectait l'Europe des bords de la mer Noire. En 2018, il se multipliait en Afrique et apparaissait pour la première fois en Chine, il gagnait le reste de l'Asie, l'Océanie et l'Inde. En 2019, il était repéré dans une chasse privée belge, qui avait eu recours à l'importation de sangliers, et dans l'est de l'Allemagne.

Les conséquences de la taille des élevages

Les vecteurs du virus sont certainement la circulation naturelle de sangliers et de phacochères en Afrique, mais encore plus les conséquences de la taille des élevages (2 .000 à 20. 000 têtes), du commerce international de viande — depuis la pandémie de peste porcine, la Chine importe 10 % de sa consommation nationale alors qu'elle était exportatrice — et surtout du négoce international d'animaux vivants, comme le démontre le cas de la Belgique

En conséquence, la population porcine mondiale, qui était stable à environ 800 millions de têtes avant la pandémie, chutait d'un quart avant de se rétablir fin 2020 pour revenir vers les 680 millions de têtes. La Chine, qui concentre plus de 50 % de la production mondiale, a perdu plus de la moitié de son cheptel.

Cette pandémie a entrainé une envolée des cours mondiaux de viande de porc. En Chine, ils ont doublé entre octobre 2018 et octobre 2019. Depuis, ils se maintiennent à des niveaux élevés. La peste porcine y a également ruiné de nombreux élevages traditionnels, au profit de groupes agroalimentaires qui ont depuis bâti d'immenses fermes industrielles. L'une d'entre elles, la plus grande au monde, bardé d'intelligences artificielles, de stérilisations des intrants nourriciers, de filtrations de l'air, de vérification de la température des animaux par caméra thermique, est située à Neixiang dans la province du Henan. Elle abritera 84 .000 truies et produira plus de 2 millions de porcs par an. En cas d'épidémie, ces élevages deviennent le terrain de jeux idéal des virus.

Pas de vaccin contre la peste porcine

Il n'existe pas encore de vaccin contre la peste porcine. Pékin rentre cependant en phase test d'inoculations légales, mais il semble également que des vaccinations illégales y soient opérées par des trafiquants chez des fermiers craignant pour leurs bétails. Hélas, ces trafics provoquent des effets non souhaités et peut-être de nouvelles épidémies.

Ainsi, début février 2021, le scénario de 2019 recommençait. Le « journal de médecine vétérinaire chinoise» révélait que les laboratoires vétérinaires de l'armée populaire avaient découvert un variant naturel de la peste dans la province du Hubei et que des symptômes d'une nouvelle infection apparaissaient dans d'autres régions. Le 8 février dernier, les prix du porc sur les marchés à terme de Dalian se sont envolé, car la reconstruction du cheptel chinois pourrait en être menacée.

En 2005, la France était la risée du contre-espionnage économique mondial, notamment à Londres, à la suite d'une rumeur d'OPA sur Danone. En 2013, les porcs de l'étatsunien Smithfield Foods étaient rachetés par le chinois WH. En 2016, le semencier suisse Syngenta passait sous pavillon chinois. En 2017, l'Angleterre copiait la France en luttant contre la prise de contrôle des crèmes glacées et des boissons d'Unilever par Kraft Heinz. En 2021, la France éloignait Couche-Tard de Carrefour et les boutiques alimentaires en circuit court s'y multiplient.

De l'intelligence médicale à l'intelligence boursière, il est plus que jamais utile de consacrer à la production et la distribution agroalimentaire toutes les armes et l'attention de l'intelligence économique.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. Il est aussi auteur sur LaTribune.fr.

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a écrit le 09/02/2021 à 15:03 :
peut etre que les conditions d'elevage y sont pour quelque chose?
au lieu de courir apres un truc qu'on n'est pas sur de trouver, peut etre quil faut commencer par avoir un peu de bon snnens?
a écrit le 09/02/2021 à 13:23 :
Le vaccin pour la peste porcine est en cours d'études, type ARN messager, surement les recherches faites pour les virus humains accélèreront les résultats.
Dommage l'insuffisance de chasse aux sangliers qui pulllulent en ce moment dont des hardes reconnues comme malades, et vacciner les cochons sauvages c'est pas gagné.
On ne pourra jamais protéger à 100% nos élevages.
Réponse de le 09/02/2021 à 15:48 :
"l'insuffisance de chasse aux sangliers "


Ca dépend des moments :

Un groupe de 82 chasseurs ardennais ont tué mercredi dernier 158 sangliers lors d’une battue, qualifiée de « dérapage » par le président de la fédération départementale de chasse qui ne « peut pas cautionner une telle image de la chasse », a-t-on appris lundi 2 décembre de sources concordantes, confirmant une information de « l’Ardennais ».
« C’est dans les règles étant donné qu’ils ont le nombre suffisant de bracelets pour mettre à ces animaux, donc nous, on n’a aucune infraction à relever à l’encontre de cette chasse-là », commente-t-on cependant à l’Office national de la Chasse et de la Faune sauvage. « On sait qu’ils n’ont pas encore atteint leurs quotas, près de 300 bagues, donc il n’y a pas de problème pour nous. ».82 chasseurs ont pris part à cette battue en forêt de la Croix-aux-Bois, dans le sud des Ardennes, sur 62 hectares, organisée par l’Amicale de la chasse du Chêne pâté. La proportion est donc d’1,9 sanglier par chasseur.Dans les colonnes du quotidien « l’Ardennais », un participant s’est dit « écœuré » et a décrit un véritable « carnage ».
a écrit le 09/02/2021 à 10:54 :
La peste porcine, en Belgique, en Allemagne et en France, c'est tout d'abord la peste sur la faune sauvage, les sangliers. Elle n'est globalement pas présente sur les élevages (le porc), ce qui ne change rien quant aux conséquences économiques: la reconnaissance de l'existence de peste porcine sur sanglier entraine des mesures d'exclusion de la part des pays importateurs de viande de porc. Et je crois que sur sanglier, l'explosion des populations depuis les années 70 (doublement?) est un facteur d'explication de la présence de cette peste, de sa diffusion, et aussi des atteintes à la biodiversité (destruction par les sangliers des oiseaux nicheurs au sol, serpents etc..). Il faudrait avoir la sagesse de revenir à des niveaux de populations beaucoup plus bas, ce qui est loin d'être facile, le sanglier étant présent dans des endroits où il n'est pas facile à débusquer. PS. Je ne suis pas chasseur.
a écrit le 09/02/2021 à 10:25 :
"Pas de vaccin contre la peste porcine" il parait qu'il en existe un pour la grippe aviaire mais que si on vaccine, les pays importateurs n'en veulent pas, n'étant pas sûrs que les animaux protégés ne transmettent pas quand même les miasmes. Là pareil, une protection des animaux ne suffit pas il faut être sûr de ne pas contaminer les lieux d'exportation, à 100% (voire plus :-) ).

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