« L'Afrique, c'est maintenant !  » (Isabelle Bébéar, directrice de l'International de Bpifrance)

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Isabelle Bébéar, Directrice de l'international et de l'Université de Bpifrance.
Isabelle Bébéar, Directrice de l'international et de l'Université de Bpifrance. (Crédits : DR)
Dès sa création, Bpifrance a placé l'Afrique au coeur de la stratégie internationale des entreprises françaises. Pour La Tribune, Isabelle Bébéar, directrice de l'International et de l'Université de Bpifrance, fait le point sur les outils - financiers et autres - qui permettent de déployer une action de plus en plus proactive sur le Continent.

LA TRIBUNE - Lors du récent sommet Afrique-France de Bamako, vous avez lancé le Fonds Franco-Africain à l'adresse des PME...

ISABELLE BÉBÉAR - Oui, le lancement du Fonds Franco-Africain à l'occasion du 27e Sommet Afrique-France à Bamako, à la mi-janvier, est l'illustration la plus récente de l'intérêt de Bpifrance pour le Continent. Doté de 77 milliards d'euros, ce fonds est géré par l'équipe franco-africaine AfricInvest et souscrit notamment par Bpifrance. Il investira dans les PME et ETI françaises qui souhaitent se développer en Afrique, tout en bénéficiant de la précieuse expertise d'une équipe créée en Tunisie au début des années 1990. AfricInvest accompagnera aussi les entreprises africaines dans leur implantation en France ou dans la recherche de partenaires français.

Qui a souscrit au fonds ?

Le soutien d'investisseurs prestigieux démontre que la thèse d'une coopération renforcée entre entreprises françaises et africaines pour créer de la croissance suscite désormais l'intérêt des deux continents. Pour la partie française, Société Générale, Orange et Proparco se sont joints à Bpifrance pour soutenir cette initiative. Côté africain, ce sont la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale de Côte d'Ivoire, l'assureur marocain Saham, le groupe industriel et financier marocain FinanceCom, le fonds de pension de la Banque Centrale du Kenya et des investisseurs privés kenyans et nigérians.

Quid du Fonds Averroès Finance, que vous aviez aussi créé il y a quelques années ?

Depuis sa création à la fin de 2003, le fonds Averroès Finance, un fonds de fonds que Bpifrance gère en partenariat avec Proparco, a investi dans une douzaine de fonds africains, ces derniers ayant eux-mêmes investi dans près de 150 belles entreprises. Centré sur l'Afrique du Nord au début des années 2000, il a largement contribué à y développer l'industrie du capital investissement, au Maroc, en Tunisie et en Algérie. Aujourd'hui, il investit dans toute l'Afrique. Il contribue à cet objectif stratégique : créer des champions africains que nous pouvons connecter avec nos entreprises de croissance françaises dans un objectif de croissance partagée.

Et l'association Euromed Capital, que vous présidez ?

L'association Euromed Capital, que Bpifrance préside, soutenue par ses partenaires Siparex et AfricInvest, a pour objectif de favoriser le développement de relations d'affaires entre les entreprises, les fonds d'investissement et leur écosystème en Méditerranée et en Afrique subsaharienne. Elle organise divers événements comme des matinales, la dernière a eu lieu à Alger en novembre dernier, des formations avec HEC, des web conférences, et gère une communauté digitale sur la plateforme EuroQuity pour que ses membres puissent se rencontrer et collaborer.

Bpifrance dispose aussi de plusieurs outils pour faciliter un déploiement à l'export des PME et ETI françaises...

En effet. Bpifrance investit en Afrique, mais elle prête aussi, via des prêts sans le crédit export lancé en mars 2015. Ce crédit nous permet d'accompagner nos clients à l'international et particulièrement en Afrique, en proposant des solutions de financement à des entreprises étrangères publiques ou privées - entre 1 et 75 millions d'euros - qui achètent du matériel ou des services français. Il est accompagné depuis le 1er janvier de solutions d'assurance-crédit émises par Bpifrance Assurance Export, nouvelle activité issue du transfert de Coface DGP au Groupe Bpifrance depuis le 1er janvier 2017. Avec ses prêts sans garantie, le crédit export et l'assurance export, Bpifrance est aujourd'hui en mesure de proposer tous les outils de financement et de soutien à l'export des PME et ETI françaises.

Vous tenez aussi beaucoup à développer « un esprit réseau », dites-vous. De quelle manière se concrétise-t-il ?

Oui, au-delà de son soutien financier, Bpifrance a déployé une véritable stratégie d'accompagnement. Ainsi, nous organisons des « missions export » en partenariat avec Business France, au cours desquelles nos entreprises clientes suivent un programme intensif de rencontres avec des partenaires et des prospects. Une semaine d'immersion et de rencontres professionnelles a été organisée, à la fin octobre 2016 à Abidjan et à Johannesburg, pour 14 PME et ETI de l'Accélérateur Bpifrance. D'autres missions sont en cours de préparation.

À la fin 2016, une nouvelle initiative a été organisée en faveur des startups du digital, en partenariat avec l'AFD. Un appel à projets a été lancé pour récompenser cinq startups africaines et cinq startups françaises pour la qualité de leurs projets en Afrique dans les domaines de l'agriculture, de la santé, de la fintech, de l'énergie et de l'environnement. Parmi les innovations primées, des outils numériques à destination des petits agriculteurs, qui leur apportent aide à la décision, prévisions et simulations de rendement, ou encore analyse du risque afin de leur ouvrir les portes des institutions financières.

Vous avez également mis en ligne une plateforme didactique ouverte gratuitement à tous les entrepreneurs francophones d'Afrique...

Il est clair que les préoccupations des chefs d'entreprise africains rejoignent celles de leurs confrères français... C'est pourquoi nous avons eu l'idée de mettre notre plate-forme de e-learning (bpifrance-universite.fr) aussi à disposition de l'Afrique francophone. Créée en 2015 pour aider les patrons français de PME à se former dans tous les domaines de la gestion et du développement de leur entreprise, elle est depuis devenue accessible gratuitement à tous les entrepreneurs d'Afrique.

Enfin, Bpifrance contribue à la création et au développement d'institutions africaines de financement des entreprises. À titre d'exemple, en Algérie, Bpifrance participe au consortium qui construit un outil de pilotage de la politique de l'innovation du gouvernement. D'autres missions sont en cours dans différents pays d'Afrique. Elles couvrent nos domaines d'expertise, la garantie, les prêts aux entreprises, l'investissement et le financement de l'innovation. L'Afrique, c'est maintenant ! Notre conviction est que si la France n'a pas complètement réussi à s'inscrire dans la dynamique chinoise, elle ne doit pas manquer l'essor africain ! Bpifrance développe son réseau en Afrique. Il est au service des entreprises françaises et du développement du Continent.

Propos recueillis par Alfred Mignot

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