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OpinionsGénération deuxième gauche

Les Français, à droite toute

Photo de Ivan Best

Pierre-Yves Cossé

Publié le 09 décembre 2015 à 06:00 - Mis à jour le 09 décembre 2015 à 10:19

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La France s'ancre à droite, un phénomène est profond et durable... à tel point que le principal parti de gauche mène une politique de droite, au moins pour la sécurité et l'économie. Ira-t-on jusqu’à un nouveau, "national mollétisme"? Par Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan

Les Français sont inquiets et mécontents. Ils ne sont pas les seuls en Europe mais ce mécontentement prend des formes particulières. Dans les pays du sud, il s'est manifesté par une poussée à la gauche des partis socio-démocrates, Syrisa en Grèce, Podemos en Espagne. Ce n'est nullement le cas en France, particulièrement touchée par le terrorisme, comme le montrent les résultats électoraux désastreux du Front de Gauche. L'absence dimanche soir sur les écrans et les antennes de Jean-Luc Mélenchon est significative. A gauche, la « victoire » paradoxale du PS n'est guère contestable. Les listes d'union pour le second tour devraient conforter une hégémonie électorale, qui sera un acquis pour le premier tour des élections présidentielles en 2017.

Un ancrage à droite profond et durable


Ce phénomène est secondaire par rapport à un ancrage à droite de la France profond et durable. Les indicateurs sont multiples. Les deux tiers des Français votent à droite, que l'on peut considérer comme un bloc, compte tenu de la porosité de l'électorat. La poussée du Front National n'est pas nouvelle, elle a commencé dans les années 1980 et n'a été arrêtée provisoirement que par la scission avec Mégret et par Nicolas Sarkozy en 2007. En 2015, c'est tout le territoire qui est concerné et toutes les couches de la population, y compris les jeunes, dont le premier parti serait le FN.
La droite n'est plus seulement à droite. Le principal parti de gauche mène une politique qui aurait été qualifié de droite il y a quelques années, au moins pour la sécurité et l'économie. La majorité de son électorat semble l'accepter ou s'y résigner. Du fait du risque terroriste et de la pression de l'extrême- droite, cette dérive peut se poursuivre. Cela ira-t-il jusqu'à un nouveau « national- mollétisme » avec son cortège d'abus : perquisitions administratives inutilement brutales, résidences à domicile infondées, sanctions contre des organismes et associations inoffensives, durcissement continu des textes répressifs ? Le passé a montré l'échec de telles politiques.

Que reste-t-il à gauche?

Que reste-t-il à gauche, dans son acception traditionnelle ? Pas la majorité des jeunes accaparés par la recherche d'un emploi et d'un logement, et plus concernés par un engagement dans une ONG au service de la survie de la planète que dans un parti politique ?
Les intellectuels ? Ceux qui font le plus de bruit sont de droite. Quant aux autres, ils sont divisés, notamment sur le problème de l'identité nationale et de l'éducation, et peu audibles. Les syndicats ? Ils sont dans une position de faiblesse et ne peuvent se couper de leurs troupes, sauf peut-être la CFDT. Les médias, financièrement fragiles, sont dans leur grande majorité suivistes et tant que leur libertés et leurs avantages ne sont pas en cause, gardent une position « équilibrée ». Restent les ilots municipaux, départementaux et régionaux de gestion sociale-démocrate.

Une victoire culturelle pour la droite

La victoire de la droite n'est pas seulement électorale mais culturelle. Des dirigeants de droite citent à bon escient Gramsci. Une France qui se replie sur elle-même, se crispe sur un roman national largement imaginaire et qui a durablement plusieurs millions de chômeurs et une faible croissance ne peut que s'enraciner à droite, en l'absence de toute perspective révolutionnaire en France et dans le monde. L'ancrage à droite peut être comparé à la situation inverse qu'a connue la France à la Libération, en 1945.
Une telle situation pourrait être acceptée par le plus grand nombre des Français, à condition que l'on n'empiète pas sur leur individualisme, qu'il s'agisse des mœurs, des opinions, de la religion et de leurs droits à l'initiative. Quelques secteurs seraient abandonnés à la gauche, culture et économie sociale.

Un ancrage incertain en termes politiques

Cela dit, la traduction de cet ancrage en termes politiques est incertaine. La France est insérée dans la mondialisation et dans la construction européenne et le programme du Front National est inapplicable. Marine Le Pen le sait. Son programme, à l'échelle nationale, est conçu pour gagner l'élection, pas pour gouverner, comme le sont malheureusement la plupart des programmes des partis, qui ont tant déçu l'opinion. S'il veut rester au pouvoir, le Front National devra « inventer » un programme mélangeant populisme et politiques de droite.

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Il pourrait obtenir des ralliements, par opportunisme ou souci du « moindre mal » et trouver des appuis dans les partis de droite, s'il parvient à limiter les excès et à éviter une catastrophe économique.

Quelle droite au pouvoir?

S'il n'y parvient pas et si au contraire il est affaibli par des scissions, c'est la droite qui prendra la suite après une phase d'instabilité.
Quelle droite ? A la Sarkozy reprenant dans son verbe beaucoup des thèmes du FN ? A la Juppé, plus tourné vers le centre et la recherche de l'apaisement ? Voire à la François Hollande réélu en 2017 après une campagne du second tour de droite tournée contre l'extrême droite et gouvernant avec une majorité de droite sortie des urnes ? Le rejet de Nicolas Sarkozy, comme la souplesse de nos institutions ne rendent pas impossible ce scénario.
L'histoire reste à écrire.

Pierre-Yves Cossé
Décembre 2015

Pierre-Yves Cossé

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