Que Macron s'approprie notre passé !

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(Crédits : DR)
On dit que ce président est plus féru de philosophie que d'histoire. Il lui faudra néanmoins s'approprier un passé riche en moments glorieux et en moments tragiques

L'attente fut longue devant son écran dimanche soir. Pourquoi le nouvel élu ne rejoignait-il pas dans la Cour Napoléon ses partisans, impatients et stoïques dans le vent et le froid ? Serait-il systématiquement en retard comme son illustre prédécesseur François Mitterrand ? Peut-être simplement répétait-il ou répondait il à des appels venant de chefs d'état étrangers.

Le téléspectateur eut tout le temps pour se remémorer ce qui a fait la renommée des lieux choisis par Emmanuel Macron, Concorde et Champs Elysées avaient été écartés parce que trop connotés à droite, de même que Bastille-République trop marqués à gauche. La préférence alla à un emplacement central et célèbre, le Louvre, à la vérité plus proche des lieux de rassemblement de la droite que de la gauche.

 Le Louvre n'a pas été que la résidence des rois

Les commentateurs réduisirent le Louvre à la résidence de nos rois, jusqu'à Louis XIV, superbement représenté par une statue du Bernin, sise au milieu de la Cour Napoléon. Mais le Louvre, c'est beaucoup plus et il était logique que notre monarque républicain s'y sente à l'aise.

La Révolution a transformé une partie du palais en un grand musée ouvert au peuple, musée enrichi par son premier conservateur Vincent Denon, qui suivit Napoléon dans ses conquêtes et déroba de nombreuses œuvres d'art, qu'il fallut restituer en 1815 au moins en grande partie. Musée qu'il fallut évacuer durant les guerres mondiales et qui servit de dépôt à l'occupant allemand, pour les œuvres volées aux collectionneurs juifs, dont certaines furent sauvées grâce à l'astuce et au courage du conservateur et de quelques fonctionnaires.

Le Louvre ce fut aussi le siège des ministères jusqu'à François Mitterrand. Sous Napoléon III, qui agrandit le palais, côté Rivoli, trois ministères étaient installés et depuis la troisième République il fut partiellement occupé par le ministère des finances jusqu'à Eduard Balladur (ministre des Finances de 1986 à 1988), désolé d'abandonner le mobilier Napoléon III et les couverts en vermeil de la même époque utilisés pour les réceptions.

Près de l'Inspection générale des Finances...

Le nouveau président savait-il lorsqu'il contourna la Grande Pyramide qu'il passait à côté des anciens bureaux de l'inspection générale des finances, dont il fut jusqu'à ces derniers mois un membre éminent ?

En revanche, il savait que la pyramide était l'œuvre d'un architecte sino-américain, Pei, et que le Louvre était à sa manière entré dans la mondialisation et fréquenté par des touristes venant de tous les pays du monde.

Dans la semi obscurité, l'ancien inspecteur des finances soucieux de sa démarche n'a probablement pas regardé loin devant lui l'élégant Arc de Triomphe du Carrousel discrètement éclairé. Il ne passe pas pour être un promeneur dans les rues de Paris, comme le fut François Mitterrand. Il n'a pas du lire sur une des faces l'ordre du jour de Napoléon, à l'issue de la troisième coalition, qui résume sa campagne militaire : elle conduisit « en moins de cent jours » l'armée française de Boulogne au Danube, à Vienne et à Austerlitz. Nul ne demande au nouveau président d'en faire autant en cent jours. Puisse t'il seulement être un aussi bon communicant que l'empereur, qui écrivait lui-même ordres du jour et bulletins diffusés dans tous les villages de France, en utilisant des formules-choc. L'Arc de Triomphe marquait l'entrée du superbe palais des Tuileries, brûlé par les communards, que la République refusa de reconstruire. La nuit, les lieux sont invisibles.

Dans ce soir de gloire contenue, ce n'était pas le moment de penser aux catastrophes engendrées par la division des Français.

On dit que ce président est plus féru de philosophie que d'histoire. Il lui faudra néanmoins s'approprier un passé riche en moments glorieux et en moments tragiques. Certes le passé ne se répète pas, il est fait de ruptures et de continuités. Puisse-t-il en avoir une connaissance approfondie, dans son intérêt et celui du pays.

 Finalement, cette attente devant l'écran de télévision était féconde.

Pierre-Yves Cossé

9 Mai 2017

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