Marie Paquier, la dame d'aluminium

Perrine Créquy

Perrine Créquy
Elle a quitté les sous-marins nucléaires pour devenir capitaine dans l'industrie. Marie Paquier, 34 ans, dirige depuis avril 2014 I.D. Alu, une société nantaise qui produit des profilés et accessoires en aluminium destinés à la menuiserie. En avril dernier, elle a obtenu du Centre technique des industries mécaniques (Cetim) de Cherbourg la certification d'un nouveau produit, un système de roulette qui se pose à la main, et qui fait l'objet d'un des trois brevets déposés par I.D. Alu.
Elle sait délaisser les termes techniques face au néophyte :
Cette femme frêle a des convictions bien affirmées et garde son cap sans ciller face aux différentes idées dans le vent. Alors que la création d'entreprise est en vogue, elle a choisi de reprendre une affaire existante. Répondant là encore à un besoin bien présent : en France, quelque 500.000 sociétés, des PME pour la plupart, peinent à trouver un repreneur, et un grand nombre disparaît faute de nouveau dirigeant.
Pour tenter de fluidifier ce marché, une kyrielle d'acteurs, dont Bpifrance, ont lancé le réseau Transmettre & Reprendre début 2015. Mais Marie Paquier ne l'a pas attendu pour commencer à étudier divers dossiers. Pour avoir les bonnes clés d'analyse, elle s'est formée durant trois semaines auprès de l'association Cédants et repreneurs d'affaires (CRA, l'un des trois acteurs disposant d'une solide base de données des affaires sur le marché), en 2011.
À l'époque, Marie Paquier était salariée chez DCNS depuis neuf ans. Après avoir conçu des frégates à Lorient, travaillé dans la recherche et développement à Brest, elle était alors basée à Cherbourg, suivant les relations techniques et commerciales avec la marine brésilienne pour une commande de sous-marins nucléaires, et planchant sur la remise à niveau des quatre sous-marins nucléaires français.
Marie Paquier étudie alors l'entreprise familiale « comme n'importe quelle affaire », scrutant la comptabilité comme son organisation.
Refusant d'être considérée comme une héritière, elle a rédigé un protocole de reprise et un épais projet de développement à l'attention des banquiers. Elle rachète l'entreprise pour 1,5 million d'euros en avril 2014, et organise une passation de pouvoir de trois mois seulement.
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Mais l'aspirante entrepreneure ne voulait pas se lancer à l'aveugle. C'est pour cela qu'elle a fait ses classes dans de grandes entreprises industrielles. Elle choisit de suivre sa formation d'ingénieur à l'Institut catholique d'arts et métiers (Icam) en alternance chez Michelin, où elle travaille au tréfilage de câbles en acier pour faire des pneus pour poids lourds.
Évoluer dans un monde masculin - de l'automobile hier et du bâtiment aujourd'hui - ne l'a jamais dérangée.
Maman d'une petite fille de deux ans et demi, Marie Paquier n'a plus le temps de jouer au tennis, mais elle veille à ne pas se laisser dévorer par l'entreprise. Au bureau aussi, son emploi du temps est tracé au cordeau :
Marie Paquier compte faire grandir I.D. Alu, mais pas trop vite. Elle ne veut pas lever de fonds, préférant s'autofinancer pour « garder les mains libres ». À l'époque où le flux tendu est la norme, elle entretient un stock de 100 tonnes de marchandises, « avec entre deux et six mois de stocks disponibles en permanence, selon les références, livrables en quarante-huit heures partout en France ». Elle compte plus de 1 000 clients en France métropolitaine et outre-mer, ainsi qu'en Belgique et en Suisse. Elle qui a vécu un an à Seattle à l'âge de 16 ans pourrait tôt ou tard se lancer outre-Atlantique.
De 1,8 million d'euros de chiffre d'affaires en 2014, elle entend passer à 2,5 millions en 2017.
Au splendide, elle préfère le solide.
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MODE D'EMPLOI
- Où la rencontrer ? À Nantes. « Je n'utilise pas les réseaux sociaux, mais je fréquente les événements d'entrepreneurs à Nantes, notamment les rencontres entre dirigeants organisées par le réseau Entreprendre. »
- Comment l'aborder ? Chronologiquement. « J'aime qu'on me raconte l'histoire d'une firme. J'apprécie les entreprises industrielles comme Michelin, avec des politiques de management intéressantes. »
- À éviter ! La suffisance. « Les personnes imbues d'elles-mêmes, qui cherchent à impressionner en déroulant leur CV m'agacent. Ce n'est pas le nom de votre employeur qui compte, mais le poste que vous occupez, vos fonctions réelles. »
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