Compromis conjugal

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Par Valérie Second, éditorialiste

Difficile de connaître la vérité d'un couple... Quelle est celle du couple franco-allemand ? En matière de défense, les initiatives relèvent aujourd'hui davantage de l'incantation que des réalisations. Pour le reste, soit l'essentiel, la vie commune d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy a pris une singulière intensité avec la crise de la zone euro. À première vue, on a le sentiment qu'Angela est en passe de mettre Nicolas, et derrière elle toute l'Europe, à l'heure allemande. En fine mouche, elle profiterait de l'accès de faiblesse de son partenaire sur les marchés, pour lui faire signer un nouveau traité européen dans lequel elle intégrerait ses règles strictes de gestion des finances publiques. C'est oublier les subtilités du compromis conjugal qui anime la scène européenne. Pour sauver l'Union monétaire, Angela a fait des concessions, en acceptant d'aider financièrement la Grèce, de créer un Fonds européen de stabilité financière dont elle sera la première contributrice, puis de faire racheter au moins à titre provisoire par la BCE des dettes des États en difficulté. Ce qui, outre-Rhin, lui a valu le reproche de céder à Nicolas. D'un autre côté, Berlin a obtenu de Paris que les créanciers privés supportent une partie substantielle des pertes sur les dettes grecques. Et si Angela a obtenu de Nicolas le changement de traité vers un fédéralisme politique, socle de l'Union monétaire, comme le pose le programme de la CDU du congrès de Leipzig, elle pourrait bien céder aujourd'hui même à l'une des deux demandes du président français guidées par le sentiment d'urgence : la garantie illimitée des dettes publiques des États de la zone euro par la BCE ou l'émission d'eurobonds. En somme, concéder une solution de court terme contre une réponse de long terme. Voilà qui s'appelle un bon compromis conjugal.

vsegond@latribune.fr

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