La fin de l'Europe politique

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Par Jacques Rosselin, directeur de la rédaction de La Tribune.

Le silence assourdissant qui a suivi l'annonce des décisions du dernier sommet européen est-il lié à la torpeur du week-end ? A l'incrédulité que suscitent désormais les échéances "historiques" et les réunions "décisives" ? A moins qu'il ne s'agisse tout simplement d'un silence de mort : vingt ans jour pour jour après la signature du fameux traité de Maastricht, c'est bien l'oraison funèbre de l'Europe politique qui a été prononcée à Bruxelles. Rappelons-nous : il suffisait de créer l'euro, une banque centrale européenne indépendante et de donner quelques prérogatives au parlement européen pour que l'Europe politique devienne une réalité.

C'est cette même pensée magique qui reste à l'oeuvre aujourd'hui lorsque l'on présente comme une victoire pour l'Union la perspective d'un accord à vingt-six sur la rigueur budgétaire. Inscrire dans les parchemins nationaux des pays européens une "règle d'or" fera mystérieusement converger l'ensemble des pays vers un même idéal : celui d'une Europe enfin unie dans la rigueur et l'austérité. Réjouissante et ambitieuse perspective pour ce "petit coin de paradis" qui affiche aujourd'hui les taux de croissance les plus bas de la planète. A défaut de vision politique, tant sur le plan monétaire que social, budgétaire ou international, l'Europe devra se contenter d'un pilotage automatique par la Commission de Bruxelles, qui pourra appliquer des sanctions sur les pays déficitaires s'ils rechignent à activer leur "Schuldenbremse" (frein à l'endettement), une invention allemande dont l'efficacité reste à démontrer, si l'on en juge par sa dette, supérieure à celle de l'Espagne. "Un gouvernement économique à la française, une règle d'or à l'allemande", se réjouit-on l'Elysée. Voilà qui promet. Et qui reste à vendre aux électeurs.

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Commentaires
a écrit le 24/06/2018 à 15:04 :
L'affaiblissement de l'Europe ouvre telle pas la porte a la prise en main par les Américains et autres pays conquérant . Aux accord de Yalta en 1945 certains prévoyez leurs influences sur l'Europe déjà a cette époque sur le plans économique et autres avec les pertes de tous les acquits après 1945 qui mettrait l'Europe sous tutelle? Fin des libertés?
a écrit le 14/12/2011 à 13:50 :
Es si la Russie avait permis le réunification de l'Allemagne pour que l'Europe politique échoue?
Parce-que il était prévisible que l'Allemagne, une fois son but atteint, la réunification, chercherait à dominer à nouveau l'Europe. Chose que lui facilite son vassal gaulois.
J'en arrive à envier les Anglais qui, n'étant pas dans la Zone Euro, ont pu choisir ce que bon leur semble. Un pays qui voudrait quitter le Zone Euro serait obligé, selon les accords, de quitter l'UE et donc n'aurait aucune chance de survivre économiquement. Les Anglais qui ont réussi à devenir membre de l'UE sans être contraint à abandonner leur monnaie nationale sont une exception, et il est peu probable que cette faveur soit accordée à d'autres pays.
a écrit le 13/12/2011 à 10:50 :
Le "frein à l'endettement" n'est pas une invention allemande. C'est une invention helvétique, expérimentée pour la première fois dans le canton de St Gall en 1929. Grand succès. Adopté par toute une série d'autres cantons par la suite. L'Allemagne n'est ni le début ni la fin du monde.
a écrit le 13/12/2011 à 3:18 :
Ce que vous dites est très pertinent "L'immigré". Vous ne seriez pas un peu français, par hasard ?
J'avoue que étant donné que l'école est obligatoire chez nous en France, j'ai tendance à oublier la chance que j'ai d'avoir un libre-arbitre. Ainsi, je dirais qu'il faudrait à notre chère France des gens ayant le courage de dénoncer les responsables de la crise (le système financier, essentiellement) et de leur faire payer en évitant qu'ils puissent se délocaliser.
Beaucoup de nos politiciens n'auront jamais la témérité d'affronter le monde surpuissant de la finance : c'est ce monde qui finance les partis politiques, même en sous-main, et l'innovation en général. Donc, impossible de sous-estimer leur force... Hélas !
a écrit le 12/12/2011 à 21:23 :
Angela Merkel a averti, manifestement avec raison, qu'il faudrait peut-être dix ans pour sortir de la crise. Elle est la première à nous dire qu'on est loin d'en être sortis. Il faut que chaque gouvernement dise à son peuple les choses telles qu'elles sont : c'est par là que les peuples d'Europe sauront donner une légitimité démocratique à l'Europe. On ne peut pas à la fois reprocher aux dirigeants de l'Europe de faire pareil qu'avant et de ne pas faire pareil.
a écrit le 12/12/2011 à 8:01 :
le pire c'est que dans 2 ou 3 ans les médias viendront nous seriner l'importance de voter pour élire les députés européens alors que tout a été fait pour écarter les peuples et les parlements des décisions . et après cela on va nous parler de démocratie! Comme d'habitude les européeens participeront à moins de 50% et l'on viendra nous dire que l'on ne comprend pas cette abstention. L'Europe fruit du libéralisme c'est l'absence de démocratie et la dictature des technocrates pilotés par les financiers.
Réponse de le 12/12/2011 à 11:51 :
Si vous ne votez pas d'autres voteront à votre place parce qu'ils sont motivés et vous ne serez pas forcément de leur avis. Il ne faudra pas se plaindre du résultat.
Avoir son libre-arbitre n'est pas donné à tout le monde : vous avez eu la chance d'étudier, donc, la possibilité d'avoir votre propre opinion sur les choses de la vie grâce à la formation que vous avez reçue, fût-elle jugée médiocre de votre point de vue.
Moi, je ne suis qu'un immigré qui n'aura jamais, je le crains, le droit de participer à une élection. A bon entendeur...
a écrit le 11/12/2011 à 21:59 :
pourquoi et comment faites vous un article sur la situation actuelle, sans préciser que ceux qui nous ont conduit à la ruine continent à mener la danse, que les recettes d'hier sont remises au gout du jour ?

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