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La voiture de papa, c'est fini !

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 05 octobre 2016 à 13:06 - Mis à jour le 05 octobre 2016 à 17:52

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Le Mondial de l'Automobile, qui a ouvert ses portes le 1er octobre, porte de Versailles à Paris, sera placé plus que jamais sous le signe de la révolution apportée par les nouvelles technologies. Oubliez la voiture de papa, place au smartphone sur roues, connecté, intelligent et, bientôt, autonome.

Ne parlez plus de voiture, mais de nouveaux usages de la mobilité. Tous les signes montrent que l'industrie automobile aborde une ère de grands changements. Et que la course de vitesse est engagée entre Detroit, berceau traditionnel de l'automobile, et la Silicon Valley, qui veut imposer de nouveaux modèles économiques. Face à des besoins de mobilité exponentiels, comme l'indique à La Tribune le patron de PSA, Carlos Tavares, le secteur va devoir trouver des réponses nouvelles pour séduire les consommateurs et conserver ses marges.

La bataille avec la Silicon Valley a déjà commencé : Elon Musk avec Tesla, Apple qui louche sur McLaren, Google et sa Google Car, Uber avec les taxis autonomes testés à Pittsburgh... l'Histoire s'accélère et force l'industrie automobile à s'adapter en cherchant des alliances. Renault-Nissan vient ainsi de s'associer avec Microsoft dans un partenariat de long terme pour développer les futurs services connectés des voitures en utilisant l'informatique dans les nuages (le cloud). Comme Tesla, les futures Renault et Nissan pourront bénéficier d'une mise à jour à distance en temps réel. Tous les constructeurs automobiles vont devoir suivre ce chemin : selon Carlos Tavares, ils ont encore une longueur d'avance parce qu'ils ont accumulé un savoir et une connaissance que les stars de la Silicon Valley n'ont pas, ou pas encore. Cette avance est cependant grignotée par les progrès de l'intelligence artificielle et il est probable que le jour viendra où la valeur se déplacera vers celui qui maîtrisera le mieux la dimension logicielle de la voiture. Les constructeurs seraient alors condamnés, au mieux, à devenir des plateformes d'assemblage dans des usines 4.0 encore plus robotisées.

Cette révolution technologique accompagne un changement plus profond encore, celui des usages de l'automobile. La voiture de demain ne sera plus un objet, impossible à garer en ville : ce sera une plateforme de services. Nous entrons dans l'âge de l'accès et de la multimodalité. Pour les jeunes urbains, la propriété d'une voiture cède la place à l'usage d'un service de transport. Celui-ci devra être multimodal, s'adapter aux besoins du moment. On se dirige vers la mobilité à la demande, en fonction des besoins de l'instant : un cabriolet pour un week-end, une familiale pour les vacances, un utilitaire pour aider un de ses enfants à déménager... Dans des villes où la pression sera de plus en plus forte pour réduire la place de l'automobile, la voiture connectée va s'imposer. L'expérience de la journée sans voiture à Paris, le dimanche 25 septembre, a montré que l'impact sur la qualité de l'air était immédiat et tangible. La décision d'Anne Hidalgo de maintenir la fermeture des voies sur berge rive droite, malgré la montée des protestations, confirme que le sens de l'Histoire est désormais à diminuer l'empreinte de la voiture individuelle, comme on le voit dans toutes les grandes capitales. Avec des solutions comme l'Autolib' et le Vélib', on constate qu'il est possible de transformer un objet individuel en transport collectif. Le succès des solutions de car sharing, à l'exemple de Drivy ou de OuiCar, qui ubérisent les loueurs traditionnels, le boom du covoiturage avec BlaBlaCar, tout cela montre l'évolution rapide des mentalités vers la mobilité partagée. Selon Uber, il est possible de réduire de 50 % le parc automobile et de 40 % le nombre de places de stationnement en généralisant la voiture autonome. Ce qui apparaissait comme de la science-fiction il y a deux ans pourrait bien devenir une réalité plus tôt que prévu. D'ici à 2020, certains imaginent déjà la disparition des voitures individuelles des centres-villes des métropoles. Ces évolutions prendront probablement plus de temps pour s'imposer, mais la tendance est irréversible. Après un peu plus d'un siècle d'existence, l'industrie automobile devra s'adapter : d'une économie de marge, fondée sur la vente d'options plus ou moins utiles, d'accessoires et de pièces détachées, elle va devenir un marché de rente et sortir de son champ traditionnel. Demain, ce seront peut-être les grandes banques ou les assureurs qui seront les propriétaires des flottes automobiles, louées à l'usage en fonction des besoins de consommateurs bien décidés à reprendre le pouvoir. Pourquoi immobiliser du capital dans une voiture individuelle si on peut avoir accès à l'usage d'une auto à la demande ?

À ces prédictions futuristes, on répondra sans doute que la voiture individuelle ne va pas disparaître sans résistance : pour tous ceux qui n'ont pas la chance d'habiter dans les villes-centres, la possession d'une automobile restera encore longtemps la norme pour bénéficier de la liberté de déplacement. En outre, comme le pointe Carlos Tavares, « la question de l'accès à la mobilité et d'une propriété réservée à une élite pose un vrai problème démocratique ».

De sociétale, la question de l'avenir de l'automobile va devenir sociale et politique. La pression exercée sur les normes antipollution, sur le développement de voitures propres ou de batteries électriques très autonomes, d'un réseau de recharge rapide, tout cela aura un coût qui va sans doute freiner la transition. Mais probablement pas inverser la tendance. D'ores et déjà, l'industrie automobile travaille sur une autre rupture, celle de la voiture « 100% sûre ». À l'image du transport aérien, le concept de « zéro mort » sur les routes sera sans doute celui qui va transformer le plus en profondeur l'industrie automobile demain, et imposer à l'horizon des vingt prochaines années la voiture autonome comme le nouveau standard de nos sociétés. Ce qui mettra au passage au chômage de nombreuses professions : taxis, chauffeurs-livreurs et moniteurs d'auto-école...

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Philippe Mabille

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